«Lors de ma toute première rencontre avec George Bush il y a trois ans, j'ai accepté sa requête de ne pas liquider physiquement Yasser Arafat (…). Je comprends la situation, mais maintenant je m'estime libéré de cet engagement.» Ces propos tenus par Ariel Sharon à l'occasion d'une interview diffusée vendredi par la deuxième chaîne de télévision israélienne ont provoqué la panique parmi les responsables de l'Autorité palestinienne (AP), qui ont appelé la communauté internationale «à empêcher un nouvel assassinat prémédité».

En effet, moins d'un mois après la «liquidation» du leader spirituel du Hamas Ahmad Yassine et de son successeur Abdel Aziz al-Rantissi, la direction palestinienne est persuadée qu'Arafat est «le prochain sur la liste» des candidats à la «liquidation». Certes, la conseillère de George Bush pour la sécurité nationale, Condoleezza Rice, est intervenue samedi auprès de l'entourage de Sharon afin de l'appeler à «bien peser ses actes». Dans la foulée, la Russie, la France, l'Espagne, ainsi que de nombreux autres pays ont condamné les menaces israéliennes alors qu'à Ramallah 4000 Palestiniens manifestaient devant la «Mouqataa» (le quartier général du président de l'AP) en jurant qu'ils le défendraient «par leur âme et par leur sang». «Sharon peut dire ce qu'il veut, mais cela ne me fait rien, car le vent n'a jamais fait bouger une montagne», a alors ironisé Arafat en s'adressant à la foule qui brandissait son portrait.

Pour leur part, plusieurs ministres israéliens parmi lesquels Tommy Lapid (Justice) ont estimé que les déclarations du chef de leur gouvernement sont «inopportunes». Ils ont également affirmé que «l'élimination d'Arafat n'est pas à l'ordre du jour dans l'immédiat». Cependant, réunis à l'occasion du traditionnel conseil de cabinet dimanche, ils ont bel et bien évoqué une solution alternative consistant à exiler Arafat dans la bande de Gaza sans attenter immédiatement à sa vie. Une idée que le chef de l'opposition travailliste Shimon Peres interrogé par Kol Israël (la radio publique) trouve d'ailleurs «bonne».

La plupart des commentateurs politiques israéliens sont en tout cas persuadés que «quelque chose» va se produire d'ici au 2 mai, date du référendum sur le «plan de séparation» organisé par Sharon au sein du Likoud (son parti). Parce que 68% des Israéliens sont mécontents de la manière dont il gère le pays, selon les derniers sondages? Pas seulement. En fait, la campagne pour le référendum se passe plutôt mal pour Ariel Sharon. Les opposants au «plan de séparation» gagnent quotidiennement du terrain grâce à une campagne accusant le premier ministre «d'offrir une prime au terrorisme en démantelant des colonies et en expulsant des juifs de la terre où ils sont installés depuis trois générations». Pour contrer ces arguments, le premier ministre a donc besoin de réussir rapidement un coup d'éclat et l'envoi d'Arafat en exil à Gaza-City est justement le genre d'action qui lui permettrait de redorer son blason.