Comme prévu, le parti laïc «Chinouï» (la deuxième formation de la coalition soutenant Sharon) a refusé de voter le budget de 2005 présenté mercredi soir à la Knesset par le ministre des Finances, Benyamin Netanyahou. Il a donc été rejeté par 69 voix contre 43, déclenchant ainsi une nouvelle crise politique à six mois du retrait israélien de la bande de Gaza.

Quelques heures avant l'ouverture de la séance, Ariel Sharon, qui se trouvait déjà à la Knesset, avait aussitôt confirmé qu'il limogerait les ministres qui ne voteraient pas le budget ou qui s'abstiendraient. Quant à Tomy Lapid, il avait convoqué les ténors de son parti afin d'envisager une démission collective avant l'ouverture de la séance parlementaire ou avant le vote proprement dit.

Cette nouvelle crise est en tout cas plus sérieuse que les précédentes car, en perdant l'appui des centristes, Sharon se retrouve avec une coalition réduite à 45 députés sur 120. Il ne peut donc plus gouverner et deux possibilités s'offrent désormais à lui: constituer une nouvelle majorité «d'union nationale» avec le Parti travailliste de Shimon Peres ainsi que les formations ultra-orthodoxes opposées au retrait de la bande de Gaza, ou provoquer des élections législatives anticipées au début de 2005.

Pour l'heure, le premier ministre affirme pencher en faveur de l'union nationale, mais ce n'est pas le cas de la convention du Likoud (son parti) qui a voté une résolution interdisant une telle union. Quant à la formation de Peres, elle est également partagée sur son entrée éventuelle dans le gouvernement puisque le budget de 2005 comprend une série de mesures ultra-libérales. Sa direction estime cependant que le jeu de la participation en vaut la chandelle puisqu'elle assurerait l'application du plan de retrait de la bande de Gaza.

Dans les négociations qui s'ouvrent, la marge de manœuvre de Peres est cependant limitée, car Sharon ne semble pas redouter des élections anticipées. Selon les sondages, il aurait même intérêt à les provoquer puisque sa popularité augmente. Une nouvelle enquête d'opinion publiée mercredi par le Yediot Aharonot (le principal quotidien du pays) révèle en effet que le premier ministre bénéficie du soutien des deux tiers des Israéliens et qu'en cas de scrutin anticipé son parti passerait de 40 à 42 députés alors que le «Chinouï», sanctionné pour son attitude jugée «irresponsable», passerait de quinze à dix élus.