Un défilé militaire sur les Champs-Elysées destiné à impressionner les Français et le monde entier. Une invitation adressée à Donald Trump pour démontrer la solidité de l’alliance entre la France et les Etats-Unis, dont près de 300 soldats descendront en tête la plus belle avenue du monde. Puis une brève allocution présidentielle à l’issue du défilé pour remplacer la traditionnelle interview télévisée, avant de s’envoler pour Nice et d’y commémorer l’attentat du 14 juillet 2016 sur la Promenade des Anglais.

Pour Emmanuel Macron, ce premier 14 Juillet présidentiel devrait faire carton plein et démontrer que le nouveau chef de l’Etat a bien endossé le costume de «Jupiter», son surnom dans les médias. 71% des Français, selon un sondage Odoxa publié ce vendredi, continuent d’ailleurs de penser que leur pays est «une grande puissance militaire». Problème: les militaires qui défileront devant les deux chefs de l’Etat sont, pour beaucoup, minés par l’épuisement et l’inquiétude. En particulier à cause des annonces de réductions budgétaires faites au nom du redressement des finances publiques.

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La confirmation de cette inquiétude est venue de deux prises de parole publiques. La première, jeudi soir, a été celle du président français lui-même, qui, sitôt après avoir quitté sa conférence de presse commune avec le président américain – et avant de rejoindre le couple Trump pour dîner à la tour Eiffel –, s’est rendu à l’Hôtel de Brienne, bureau du ministre de la Défense, pour y rencontrer l’état-major. La seconde prise de parole, écrite, est celle du patron de l’armée, le général Pierre de Villiers (frère du politicien vendéen) dans Le Figaro.

Tonalité du discours présidentiel: «Je suis votre chef. J’ai pris des engagements. Je les tiendrai. J’aime le devoir de réserve.» Tonalité de la tribune de Pierre de Villiers: les forces armées françaises ne peuvent pas concilier la multiplication de leurs missions et les coupes annoncées de 850 millions d’euros dans un budget annuel prévisionnel de 32,7 milliards (dont 650 millions pour les opérations extérieures), alors que se poursuit l’opération Sentinelle de patrouille dans les lieux publics, qui mobilise près de 10 000 soldats au quotidien. Le désaccord est patent, accru par le profil de la nouvelle ministre des Armées, Florence Parly, une novice de la chose militaire, ancienne secrétaire d’Etat de Lionel Jospin (2000-2002) perçue comme étant aux ordres du Ministère des finances.

Manque de financement

La collision des agendas budgétaire et diplomatique d’Emmanuel Macron sera donc particulièrement patente ce 14 Juillet. D’un côté, le président français multiplie les signes d’un retour de son pays sur la scène internationale. Aux cotés de Donald Trump, il a ainsi redit sa «détermination sans faille» à contribuer militairement à l’éradication du terrorisme, et sa volonté de faire respecter en Syrie la fameuse «ligne rouge» des armes chimiques qui entraînerait une riposte immédiate. 30 000 soldats français sont, au total, engagés dans des opérations. De l’autre, la réalité logistique et budgétaire est bien différente. Loin des équipements dernier cri présentés sur les Champs-Elysées, deux tiers des matériels «réguliers» des forces armées tricolores ont plus de vingt ans d’âge.

Plus grave: au Sahel, la future constitution d’une force internationale antiterroriste manque cruellement de financement et beaucoup jugent l’opération française Barkhane (4000 hommes dans l’immense bande sahélienne) sous-dimensionnée, incapable de se déployer sans un appui américain qui fait toujours défaut. Au Proche-Orient, toutes les interventions aériennes françaises dépendent du soutien des Etats-Unis. Quant aux projets communs de défense européenne, ils sont à long terme. A preuve: l’annonce hier jeudi, aux côtés d’Angela Merkel, d’un nouveau chantier d’avion du futur franco-allemand. A l’horizon 2030…

Service national obligatoire d’un mois

Comment être et rester «Jupiter» si l’on n’est pas en mesure de déclencher le feu qui fait la différence sur le théâtre des opérations? Dès son début de mandat, Emmanuel Macron a soigné sa posture de chef des armées, notamment en plongeant avec le sous-marin nucléaire Le Terrible au lendemain de son discours devant le parlement réuni en congrès à Versailles. Mais face aux troupes françaises qui défilent aujourd’hui, son dilemme est réel, susceptible de s’amplifier à la moindre difficulté rencontrée sur le terrain. Sa promesse d’une augmentation en 2018, à 34,2 milliards d’euros, et d’un budget militaire à 2% du produit intérieur brut d’ici à 2025 a été renouvelée. De même qu’une augmentation dès 2018. Mais avec un oubli: c’est à son invité Donald Trump que le président français doit indirectement cet engagement.

En martelant que les Européens doivent faire plus pour leur défense au sein de l’OTAN, le président américain a tracé, dès son entrée en fonction en janvier 2017, une autre «ligne rouge». La respecter, en se faisant respecter, est donc l’une des premières épreuves que devra surmonter le jeune président français, partisan entre autres d’un service national obligatoire d’un mois, décrié pour son coût et sa difficulté de mise en œuvre opérationnelle.