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Une boutique d'armes légères à Sanaa, capitale du Yémen.
© © Khaled Abdullah Ali Al Mahdi

Moyen-Orient

Des armes légères aux destinations imprévues

L’organisation Small Arms Survey a révélé lundi dans un rapport l’appétit suspect de certains Etats du Golfe pour les fusils et les munitions

Le commerce international des armes légères se porte bien. Il a augmenté de 17% entre 2012 et 2013 pour atteindre les 5,8 milliards de dollars, selon un rapport de référence, «Trade Update 2016 – Transfers and Transparency», publié lundi par Small Arms Survey, une organisation basée à Genève et soutenue par le Département fédéral des affaires étrangères. Plus encore que ces chiffres globaux cependant, ce sont les résultats d’une poignée d’Etats qui attirent l’attention… et posent problème.

Le document est sorti à l’occasion de la grande conférence du programme d’action des Nations Unies sur les armes légères qui se tient cette semaine à New York. D’aucuns s’étonneront que ses données datent d’il y a plus de deux ans. Mais ces statistiques sont particulièrement difficiles à rassembler. Si certaines sont publiées annuellement dans des rapports nationaux, d’autres doivent être repêchées dans des documents aux dates de parution plus aléatoire. D’où la nécessité de patienter pour réunir des informations aussi exactes que possible.

Les classements représentent l’un des intérêts majeurs du rapport. Le premier est celui des principaux pays exportateurs, soit des Etats qui ont vendu pour plus de 100 millions de dollars d’armes légères en 2013. Les Etats-Unis arrivent sans surprise largement en tête (1,1 milliard) devant l’Italie (644 millions) et l’Allemagne (557 millions). Suivent treize autres pays, dont le Brésil, la Russie, la Chine et la Suisse (qui a passé cette année-là de 76 à 107 millions).

Le deuxième classement est celui des principaux pays importateurs, soit celui des Etats qui ont importé pour plus de 100 millions d’armes légères en 2013. Les Etats-Unis écrasent encore davantage cette catégorie, avec des achats à l’étranger se montant à 2,5 milliards de dollars contre 1,9 milliard en 2012. Mais c’est derrière eux que se sont dessinés les mouvements les plus intéressants. Cette année-là, les Emirats arabes unis se sont hissés au quatrième rang et l’Arabie saoudite au cinquième, en passant respectivement de 71 à 168 millions et de 54 à 161 millions.

Cette explosion des achats d’armes légères par deux Etats du Golfe demande explication. Or, il en existe une toute simple: le phénomène coïncide avec l’intensification des guerres de Libye et de Syrie, des conflits dans lesquels les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite comptent des alliés à équiper de fusils et de munitions. De tels transferts sont normalement interdits, ou pour le moins sévèrement réglementés, mais nul ne doute de leur existence.

Les Emirats arabes unis et l’Arabie saoudite sont d’autant plus suspects d’avoir servi de plaques tournantes qu’ils brillent par leur opacité. Dans le baromètre de la transparence publié par le rapport de Small Arms Survey, ils figurent aux derniers rangs, en compagnie de l’Iran et de la Corée du Nord, avec 0 point sur 25. En comparaison, l’Allemagne, le Royaume-uni et les Pays-Bas approchent les 20 points, tandis que la Suisse, cinquième, en compte 18,75.

Les Etats du Golfe sont depuis longtemps dans le collimateur des enquêteurs de Small Arms Survey. Dans un autre de ses rapports, publié il y a deux ans, l’organisation dénonce la présence en Libye de munitions pakistanaises et suisses exportées à l’origine vers le Qatar. Les autorités de Doha ont nié tout transfert d’équipement militaire vers la patrie de feu le colonel Kadhafi, indique le document, mais des rebelles locaux les ont trahies en assurant avoir effectivement reçu cette aide de leur part…

Les Emirats arabes unis ne sont pas en reste. Selon le même rapport de Small Arms Survey, des grenades de fabrication suisse ont été repérées sur le champ de bataille syrien en 2012 après avoir été fournies au petit Etat en 2003. Or, les autorités d’Abou Dabi s’étaient engagées auprès de Berne à les acquérir pour leur propre usage et à ne pas les transférer sans autorisation. Prises la main dans le sac, elles ont cherché à minimiser leur faute en jurant qu’elles n’avaient pas vendu mais donné ce matériel.

Des explications jugées insatisfaisantes par la Confédération, qui a durci depuis les conditions accompagnant ce genre de transactions. Un geste salué par les partisans d’un meilleur contrôle du commerce des armes légères. Mais un grain de sable dans le désert.

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