Armin Laschet, le nouveau président de la CDU (Union chrétienne-démocrate) a choisi un ton personnel samedi pour s’adresser aux 1001 délégués de son parti. «Je suis fils de mineur», a rappelé ce catholique de 59 ans, au physique bonhomme, père de trois enfants et originaire d’Aix-la-Chapelle, dans l’extrême ouest de l’Allemagne. «Mon père m’a toujours dit: le plus important à 1000 mètres sous terre, ce n’est pas d’où est originaire ton collègue mais si tu peux lui faire confiance», a-t-il raconté, lors de ce congrès digital de la CDU.

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Un homme d’équipe

La confiance, Armin Laschet souhaite l’incarner au sein d’un parti qui, ces dernières années, s’est divisé sur des thèmes tels que l’immigration et la concurrence de l’extrême droite. Le nouvel homme fort des chrétiens-démocrates l’assure: il ne veut pas polariser mais «intégrer», «écouter», «trouver des compromis». Il se présente en homme d’équipe, lui qui dirige depuis 2017 la région la plus peuplée d’Allemagne, la Rhénanie-du-Nord-Westphalie, avec des partenaires libéraux et une majorité tenant à une seule voix. Il se targue de connaître la quasi-totalité des rouages politiques, ayant été élu communal, député et ministre régional, député européen. «La CDU a besoin d’un homme qui, comme à 1000 mètres sous terre, sait mener son équipe» a-t-il déclaré, tendant la main à ses deux concurrents malheureux, Norbert Röttgen et Friedrich Merz, dont «les positions doivent être représentées».

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«La principale force d’Armin Laschet est sa capacité à unir des groupes très différents», confirme Uwe Jun, de l’Université de Trèves. «Il n’affirme pas tout savoir mais sait écouter. Il représentait le risque minimal pour la CDU et devrait être capable d’intégrer ceux qui ont soutenu Friedrich Merz. Sa première mission sera d’aller vers ceux qui n’ont pas voté pour lui, à savoir: les fédérations de l’est du pays, les cercles économiques et conservateurs», juge Uwe Jun.

Incarner la confiance pour Armin Laschet signifie aussi conserver le soutien des électeurs, après seize années de chancellerie Merkel. A huit mois des élections législatives, les chrétiens-démocrates (CDU/CSU) mènent en effet dans les enquêtes d’opinions, avec 30% d’intentions de vote. Quant à la chancelière, qui a annoncé son départ à l’automne, elle s’impose comme la personnalité politique préférée des Allemands. «Cette confiance ne nous est pas léguée, estime Armin Laschet, il faut travailler à la maintenir.»

Le choix de la continuité

«Avec l’élection d’Armin Laschet, la CDU fait clairement le choix de la continuité», confirme Uwe Jun. «Laschet essaie d’occuper le centre de la classe politique, comme Angela Merkel qu’il a toujours soutenue. La très forte popularité de la chancelière a certainement joué en sa faveur», commente ce politologue.

Pour Armin Laschet, juriste de formation, «la continuité signifie faire perdurer le succès» en «regardant vers l’avenir». Les chantiers sont nombreux, entre la gestion de la crise liée à la pandémie et celle de défis plus structurels comme le changement climatique, la numérisation, la lutte contre la criminalité et contre l’extrémisme. Le nouveau président de la CDU se base sur son propre bilan, en tant que président de région, pour convaincre, lui qui a été le premier à mettre en place un ministère régional pour le numérique et qui mène une politique de tolérance zéro face à la criminalité de clans familiaux. Il souhaite aussi soutenir les femmes au sein du parti et a d’ailleurs été soutenu par elles durant sa campagne.

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La tâche d’Armin Laschet, en tant que président du plus important parti chrétien démocrate d’Europe ne sera toutefois pas aisée, en cette année 2021 chargée de rendez-vous électoraux, régionaux et nationaux. «Sa plus grande faiblesse est son manque de ligne claire», note le politologue Uwe Jun. «Si Angela Merkel a besoin de temps pour prendre des décisions, lui réagit souvent trop vite, sans avoir assez réfléchi. Cela lui a valu des critiques durant la pandémie et explique le score très serré de ce samedi», analyse-t-il: 65 voix seulement séparent Armin Laschet de Friedrich Merz.

Auprès des électeurs aussi, le nouveau président de la CDU souffre d’un déficit. Seuls 28% des Allemands le jugent apte à occuper le poste de chancelier, contre 54% pour Markus Söder, chef du parti frère de la CSU bavaroise. Qui, justement, représentera la famille chrétienne-démocrate aux législatives du 28 septembre prochain? Armin Laschet ne cache pas vouloir briguer le poste mais pourrait devoir défendre ses prétentions face à deux autres concurrents, son partenaire dans cette course à la tête de la CDU, le très populaire ministre fédéral de la Santé Jens Spahn, ou encore le ministre-président de Bavière, Markus Söder. La victoire d’Armin Laschet samedi à la tête de la CDU n’est donc qu’une première étape. La seconde s’annonce tout aussi difficile.