Arnaud Montebourg, 53 ans, est-il en train de copier-coller la démarche de son successeur Emmanuel Macron, 38 ans? Après son ascension annuelle du Mont Beuvray dans le Morvan, effectuée lundi entouré de fidèles et de sa compagne Aurélie Filipetti (députée et ancienne ministre de la Culture), l’ancien ministre français du Redressement productif a répliqué dans son intervention les contours du mouvement «En Marche» crée par son rival: hors des partis, ouvert à tous et braqué sur «l’invention du futur» avec des mots très durs pour «l’oligarchie politique» qui dirige selon lui l’Hexagone.

Rapprochement révélateur: l’actuel ministre de l’Economie – crédité d’environ 40% d’opinions favorables contre moins de 20% pour le président François Hollande – avait été sèchement rappelé à l’ordre la semaine dernière à l’Assemblée par le premier ministre Manuel Valls pour avoir dénoncé, dans un entretien, «la caste» qui gouverne la France.

Du côté d’Arnaud Montebourg, le discours n’est bien sûr pas social-libéral. Malgré sa fréquentation assidue du monde des affaires depuis son départ du gouvernement en août 2014 – il avait commencé par intégrer une formation au prestigieux institut Insead, puis a rejoint le groupe d’ameublement Habitat comme vice-président chargé de l’innovation –, l’ancien député PS de Saône-et-Loire, chantre de la «démondialisation», est resté lundi fidèle à sa ligne étatiste et interventionniste, qu’il développera dans un livre en septembre.

Sans dévoiler son programme économique, il a cité tour à tour Colbert, le créateur des manufactures d’Etat sous Louis XIV qui a donné son nom au «colbertisme» (synonyme de main mise de l’Etat sur l’économie) et l’ancien dirigeant socialiste Jean-Pierre Chevènement, défenseur d’une ligne protectionniste, souverainiste et favorable aux nationalisations. Tout en se plaçant, comme Emmanuel Macron aux fêtes de Jeanne d’Arc à Orléans le 8 mai, sous la protection de l’histoire et de l’idéal national: «Il faut relever le drapeau enseveli sous la poussière, a déclaré l’ancien avocat, jamais à court de formules éloquentes. Etre de gauche, c’est être passionnément de France.»

Le rapprochement entre Arnaud Montebourg et Emmanuel Macron tient, outre leur mode de fonctionnement en dehors d’un Parti socialiste de plus en plus sclérosé, à leurs adversaires communs: le premier ministre Manuel Valls et le président François Hollande. L’un comme l’autre ont intérêt à tourner la page d’un quinquennat auxquels ils ont participé, mais dont ils ne veulent surtout pas endosser le bilan.

Le premier a encore répété hier, en marge de son allocution publique d’une demi-heure sur fond de paysages du Morvan gaulois cher à François Mitterrand, que l’actuel chef de l’Etat «a bazardé tout ce qui lui avait permis de remporter l’élection en 2012», confirmant qu’il n’aurait «jamais voté» la loi de réforme du code du travail (adoptée en urgence en première lecture le 12 mai) s’il avait encore été député, qualifiant ce texte de «moins-disant social». Le second, toujours membre du gouvernement, préfère, lui, insister sur le fait qu’il n’a pas eu les mains libres pour libéraliser davantage comme il a tenté de le faire avec la loi Macron entrée en vigueur à l’été 2015 et qui a notamment permis d’étendre l’ouverture des magasins le dimanche.

«L’avantage de Montebourg est qu’il peut taper plus fort, en capitalisant sur la colère sociale», juge une élue socialiste. Une nouvelle journée d’action et de grève des syndicats est ainsi prévue ce mardi et jeudi, alors que le mouvement de contestation «Nuit Debout» se poursuit et tente de mobiliser des relais internationaux. La stratégie des deux hommes, qui entretiennent de bonnes relations personnelles, diffère également côté calendrier et méthode.

Pour Macron, l’élection présidentielle de 2017 n’est pas encore l’objectif prioritaire, compte tenu de sa jeunesse et du manque d’espace pour une gauche moderne, surtout si Alain Juppé l’emporte aux primaires de la droite en novembre et s’efforce de rassembler au centre. Montebourg, en revanche, est mieux armé pour le court terme. Le PS ayant voté en avril le principe d’une primaire à gauche, il dispose d’un levier politique, et du capital de ses 16% aux primaires de 2011.

Or on sait que le président, s’il décide de se représenter, fera tout pour empêcher cette primaire. «Montebourg mise sur le fait que Hollande n’ira pas et qu’il pourra alors incarner le parti face à Manuel Valls, qui traîne comme un boulet ses 6% aux primaires de 2011», jugeait lundi un député PS frondeur présent à l’ascension du Mont Beuvray. A Emmanuel Macron, le «rénovateur», l’ivresse des sondages. A Arnaud Montebourg, le «refondateur», l’avantage tactique…