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L’ancien ministre socialiste français devrait confirmer, dimanche, sa candidature à l’Elysée. (Crédit photo: Keystone)
© ETIENNE LAURENT

France

Arnaud Montebourg, l'écueil de gauche

L’ancien ministre socialiste français devrait confirmer, dimanche, sa candidature à l’Elysée. De quoi donner encore plus le tournis à une gauche française déboussolée

Il y a deux ans, Arnaud Montebourg avait scellé son sort. Le dimanche 24 août 2014, dans la commune de Frangy-en-Bresse (Saône-et-Loire), le ministre du Redressement productif, grand détracteur du social-libéralisme défendu par le nouveau premier ministre Manuel Valls, se lance dans un pugilat oratoire contre l’austérité et se moque de François Hollande. La fin de partie gouvernementale est sifflée pour celui qui, aux primaires du PS à l’automne 2011, avait raflé 17% des suffrages.

Rares sont ceux qui renoncent au pouvoir

Exit l’avocat Montebourg, chantre des renationalisations, longtemps pourfendeur des paradis fiscaux (dont la Suisse, pays voisin de sa circonscription bourguignonne) et défenseur zélé du made in France. Le duo Hollande-Valls, épuisé des saillies de ce juriste aussi talentueux que persifleur, envoie pour le remplacer à la tête du Ministère de l’économie l’ex-banquier et conseiller de l’Elysée Emmanuel Macron. Un jeune technocrate apprécié des marchés et féru d’économie numérique pour succéder à l’élu quinquagénaire rebelle et indiscipliné, nostalgique de la France industrielle protectionniste des années 1970.

On connaît la suite. Macron le «rénovateur», propulsé au firmament médiatique, devient chef de file du mouvement En marche! Montebourg, en pause politique, part de son côté suivre une formation en management à l’Insead, puis fait un détour par la vice-présidence de la firme d’ameublement Habitat. Sauf que le pouvoir est une drogue dure et qu’en France, rares sont les élus en vue à y renoncer pour de bon. Deux ans plus tard, une nouvelle «fête de la rose» de Frangy devrait consacrer ce week-end le retour au premier plan de celui qui, le 16 mai, annonçait vouloir se consacrer à un «grand projet d’avenir»: celui de sa très probable candidature à la présidentielle de mai 2017.

«L’exemple de Bernie Sanders»

Au vu de son image d’homme de gauche populaire, talentueux, mais intransigeant et imprévisible – donc peu compatible avec la présidence de la République –, cette annonce s’apparente pour l’heure à un «coup de poker», comme l’écrit Le Monde. A y regarder de près, pourtant, le candidat Montebourg a de sérieux atouts pour, sinon être élu, du moins imposer ses thématiques anti-dérèglementation, anti-libre-échange et pro-dépenses publiques.

«Il a étudié de près l’exemple de Bernie Sanders aux Etats-Unis, explique un haut cadre du PS. Son objectif est d’incarner une gauche des «valeurs» qui ne se laisse pas broyer par la modernité et la tyrannie de la communication.» Suffisamment crédible pour diriger la France? «Ce n’est pas le sujet, poursuit notre interlocuteur. Montebourg peut attendre la prochaine échéance de 2022. Sa stratégie est celle du recours à gauche, assuré d’être indispensable lorsque la droite aura balayé l’an prochain le trio Hollande-Valls-Macron qu’il croit voué à l’échec.»

Le «faiseur de roi»

La question posée dimanche à Frangy sera donc moins celle de son ambition que celle de sa stratégie et de son choix de jouer ou non le jeu de la primaire socialiste des 22 et 29 janvier face à François Hollande. Candidat à l’Elysée hors du PS, sur la base du «projet France» qu’il a peaufiné cet été, Arnaud Montebourg prendrait le risque de faire perdre celui que son parti adoubera démocratiquement. Candidat à la primaire PS – pour laquelle plusieurs représentants de la gauche socialiste, comme Benoît Hamon, sont déjà sur les rangs –, il perdra sa marge de manœuvre. «Il faut proposer une candidature joker pour protéger la gauche», a expliqué au Monde l’un de ses bras droits, François Kalfon.

Arnaud Montebourg est dans la position du «faiseur de roi», profitant du refus de la maire de Lille, Martine Aubry, d’assumer son opposition frontale à François Hollande, qui l’avait battue aux primaires de 2011. Ex-ministre, bête cathodique, excellent débatteur, élu rural et d’origine populaire (né dans la Nièvre, dans une famille de bouchers-charcutiers de père en fils), mais fier de ses origines arabes (un grand-père algérien), l’avocat sait mettre la parole dans les plaies d’une France tourmentée par la mondialisation, et rongée par le mal identitaire. Commentaire d’un de ses soutiens: «Les Français aiment la politique à l’ancienne, où l’humain et le verbe priment sur les calculs. Or, sur ce terrain, Arnaud est le meilleur.»


Les confessions du président

Arnaud Montebourg est prévenu. Dans Conversations privées avec le président, ouvrage paru vendredi, François Hollande l’exécute d’une phrase:

«Il lui manque quelque chose dans le sens de la responsabilité politique. Il manque de maturité»… A l’évidence, les griffes du matois président sont plus aiguisées que jamais. Comme lorsqu’il parle de son successeur à Bercy, Emmanuel Macron, dont il défend l’engagement à gauche: «un garçon gentil, un garçon simple. Et qui m’est totalement fidèle…»

La clé de ce nouvel ouvrage de confessions où l’on apprend que selon le locataire de l’Elysée, son ex-compagne Valérie Trierweiler «avait sans doute un complexe en raison de leurs origines sociales différentes»?

La conviction inébranlable du chef de l’Etat que les échanges avec les journalistes peuvent toujours tourner à son avantage. «Il suffit de leur donner le bon angle, la bonne approche et parfois même une information bidon, ça fonctionne…»

D’où la profusion de phrases assassines de la part d’un président qui tourne autour de son envie de se représenter, à condition que la victoire soit possible, tout en promettant qu’il arrêtera la politique s’il perd. Son pronostic? «Je pense que s’il ne lui arrive rien, c’est Sarkozy que j’affronterai.»


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