Un médecin turc recherché pour son implication présumée dans un trafic d’organes au Kosovo a été arrêté à Istanbul, a confirmé mercredi la Mission de police et de justice de l’Union européenne (Eulex) à Pristina. L’homme est surnommé «Docteur Frankenstein».

«L’arrestation a eu lieu en vertu d’un mandat d’arrêt international délivré par le tribunal régional de Pristina et en relation avec l’affaire Medicus», a déclaré Kristiina Herodes, porte-parole d’Eulex à Pristina. Elle a ajouté que les procureurs d’Eulex travaillaient sur le dossier en collaboration étroite avec les autorités turques.

Le chirurgien était en cavale depuis plusieurs années. Il devrait comparaître mercredi devant un tribunal d’Istanbul. Il est accusé de trafics d’organes et de transplantations illicites au Kosovo et en Azerbaïdjan, a précisé le quotidien Milliyet. Affaire Medicus

Eulex au Kosovo se prononcera d’ici quinze jours sur l’inculpation éventuelle de sept personnes soupçonnées d’être impliquées dans un réseau de trafic d’organes humains.

Un panel international, présidé par le juge allemand Klaus Jung, a fini début janvier les auditions préliminaires relatives à l’affaire de la clinique Medicus, à Pristina, qui pratiquait des transferts d’organes, a indiqué récemment à l’AFP l’avocat de la défense, Bajram Tmava.

L’établissement avait été fermé en 2008 après une enquête de plusieurs mois de la police. La loi kosovare interdit le transfert d’organes. La police avait été alertée à la suite du malaise survenu à un ressortissant turc, à l’aéroport de Pristina, dont le rein aurait été transféré sur un ressortissant israélien. Donneurs rétribués

Selon l’accusation, les donneurs auraient été recrutés dans des zones défavorisées d’Europe orientale et d’Asie centrale. On leur aurait promis environ 15 000 euros (18 000 francs) pour leurs reins, tandis que les receveurs payaient parfois jusqu’à 100 000 euros (126 000 francs).

Le chirurgien turc est un récidiviste. Il a été interpellé à plusieurs reprises en Turquie pour des transplantations de reins illégales et des pratiques douteuses. Il a cependant échappé à la prison en 2005, profitant d’une amnistie entrée en vigueur la même année. Le médecin a été condamné par contumace à huit ans de prison en 2008, selon la presse turque.

A la mi-décembre, un rapport établi par le conseiller aux Etats Dick Marty (PLR/TI) évoquait un autre trafic présumé d’organes. Selon le document, ils auraient été prélevés en Albanie sur des prisonniers des maquisards indépendantistes kosovars, à la fin des années 1990.