Un Français au «profil jihadiste» a été arrêté vendredi à Marseille (sud de la France), soupçonné d’être le tireur qui a abattu quatre personnes au Musée juif de Bruxelles le 24 mai, suscitant une grande émotion en Belgique et au-delà, a appris dimanche l’AFP de sources concordantes.

Cet homme de 29 ans originaire de Roubaix (nord de la France), Mehdi Nemmouche, «a été arrêté dès qu’il a mis le premier pied en France», a fait valoir le président français François Hollande.

«Nous les combattrons», a dit le chef de l’Etat, en marge d’un déplacement à Trévières dans le Calvados (nord-ouest), au sujet des jihadistes qui rentrent en Europe après avoir combattu en Syrie.

Les procureurs français et belge doivent tenir des conférences de presse séparées simultanées dimanche à 13h.

Antécédents judiciaires

Mehdi Nemmouche avait déjà été condamné par la justice, notamment dans une affaire de braquages, a déclaré dimanche son avocate Me Soulifa Badaoui.

Il avait été condamné avec deux autres prévenus en mai 2009, à deux ans de prison pour le braquage le 13 août 2006, d’une supérette de Tourcoing (nord de la France). «Il m’avait écrit de la maison d’arrêt en me demandant de bien vouloir intervenir», a rappelé l’avocate.

Ce Français est soupçonné, selon une source proche de l’enquête, d’avoir été en Syrie en 2013 auprès de groupes jihadistes. Il était fiché pour ces raisons par la direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), a dit cette source.

Remis dès vendredi aux agents de la DGSI, il a été placé en garde à vue pour assassinat et tentative d’assassinat ainsi que pour détention et transport d’armes, en lien avec une entreprise terroriste, a précisé une source judiciaire.

Sa garde à vue, qui a débuté vendredi à la mi-journée, peut durer 96 heures, c’est-à-dire jusqu’à mardi, voire 144 heures, jusqu’à jeudi, si les enquêteurs devaient invoquer une menace terroriste imminente.

Au cours des 24 premières heures, il a gardé le silence, et les sources interrogées par l’AFP estiment qu’il est trop tôt pour évoquer d’éventuelles complicités.

Le suspect, qui se dit sans domicile fixe, a été arrêté à la gare routière Saint-Charles à Marseille par les douaniers, alors qu’il se trouvait dans un autocar en provenance d’Amsterdam via Bruxelles.

Selon des sources proches de l’enquête, il était en possession dans ses bagages d’un fusil d’assaut Kalachnikov et d’un revolver avec des munitions. «Des armes du type de celles utilisées le 24 mai a Bruxelles», a expliqué une de ces sources.

«Beaucoup d’éléments concordent avec le tireur de Bruxelles», renchérit une autre source proche du dossier.

La presse belge avait rapporté que le tueur du Musée juif portait une caméra fixée à la bandoulière d’un de ses sacs.

Homme déterminé

Or le suspect a été arrêté avec une caméra portative de type GoPro, à l’instar du tueur Mohamed Merah, qui avait ainsi filmé en mars 2012 à Toulouse et Montauban (France) les meurtres, au nom du jihad, de trois parachutistes puis trois enfants et un enseignant juifs.

Le Congrès juif européen avait immédiatement fait un parallèle entre l’affaire Merah et la fusillade de Bruxelles, qualifiée d’attaque antisémite par de nombreux responsables internationaux.

Parmi les vêtements du suspect, il y avait une casquette semblable à celle que portait, d’après les images de vidéosurveillance diffusées par la police belge, le tireur de Bruxelles.

La section antiterroriste du parquet de Paris a confié l’enquête à la DGSI, à la sous-direction antiterroriste de la police judiciaire et à la direction interrégionale de la PJ de Marseille.

Inédite dans l’histoire récente de la Belgique, la tuerie du Musée juif a fait quatre morts, un couple d’Israéliens, une bénévole française et un employé belge, abattus en plein après-midi. Le parquet fédéral du royaume a qualifié les faits d’»assassinat terroriste».

Après cette fusillade, condamnée dans le monde entier, les autorités belges ont renforcé la sécurité des synagogues, écoles et centres culturels juifs. Faisant de l’arrestation du tireur la «priorité des priorités», elles ont aussi lancé un appel à la population pour le retrouver, en diffusant des extraits de vidéosurveillance montrant un homme s’approcher du musée situé dans le centre historique de Bruxelles, y entrer et tirer à plusieurs reprises avec une Kalachnikov sortie d’un sac noir, le tout en moins de deux minutes.

Avant l’arrestation de Marseille, le tueur était présenté par les enquêteurs belges comme un «homme déterminé», ayant agi «de sang-froid». Décrit par la police comme «athlétique» et de corpulence moyenne, il serait âgé d’une trentaine d’années, selon un témoin, comme le suspect arrêté en France.

Le «profil jihadiste» de Mehdi Nemmouche, tel que décrit par deux sources proches du dossier, risque de relancer la polémique sur la surveillance des Français qui partent combattre en Syrie