Téhéran-Pékin, même combat? Alors que le régime iranien s’est lancé dans une répression tous azimuts des manifestants avec la mise en scène d’«aveux» qui rappellent des procès politiques de triste mémoire, Pékin muselle tout aussi sûrement sa dissidence bien que de façon plus routinière. Mercredi, l’agence «Chine nouvelle» annonçait ainsi l’arrestation de Liu Xiaobo pour «activités démagogiques visant à renverser le gouvernement et le système socialiste». Il risque 15 ans de détention. L’écrivain de 53 ans croupit en réalité en résidence surveillée depuis plus six mois. Il a été arrêté cette fois-ci pour avoir participé à la rédaction d’un document, la «Charte 08», appelant à une démocratisation du régime à l’occasion du 60e anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’homme.

Son cas est emblématique. Lors de l’écrasement des manifestations du printemps 1989, il fut l’un des derniers occupants de la place Tiananmen. Il l’a payé par deux années de prison, puis trois ans de camps de rééducation par le travail pour avoir demandé la révision du verdict officiel sur ces événements toujours qualifiés de contre-révolutionnaires. Alors que l’on vient de commémorer les 20 ans de ce massacre, le philosophe retourne à la case prison après le célèbre activiste Hu Jia condamné l’an dernier à trois de prison et la disparition dans les geôles du régime du non moins renommé avocat Gao Zhisheng.

L’annonce officielle de cette arrestation – l’inculpation formelle devrait suivre – intervient alors qu’une délégation américaine chargée d’améliorer le dialogue en matière de défense est en visite à Pékin. Difficile de ne pas y voir un pied de nez. Washington avait par le passé obtenu grâce à ses pressions la libération de Liu Xiaobo. Pékin rappelle ainsi qu’il s’inscrit clairement dans le camp de la répression face aux défenseurs des libertés et qu’il s’en tient plus que jamais à sa ligne de non ingérence dans les affaires intérieures d’un pays. C’est la première capitale à avoir appelé Téhéran à ne pas céder à la pression de la rue et à exprimer sa solidarité avec la direction iranienne face aux pressions extérieures. Il est vrai que le scénario du «printemps iranien» rappelle – toutes proportions gardées – celui du «printemps de Pékin». Dans pareille circonstance, la nomenklatura chinoise ne peut que se sentir solidaire des mollahs du camp de l’ayatollah Khamenei.