La répression s’est aggravée, ce week-end à Téhéran, avec l’arrestation de huit employés locaux de l’ambassade de Grande-Bretagne, accusés d’avoir joué un «rôle considérable dans les récents troubles». Selon un parent de l’un d’entre eux, contacté par téléphone en Iran, les personnes interpellées faisaient partie de la section politique de la chancellerie britannique. Elles ont été arrêtées, samedi, à leur domicile, par des hommes en civil, munis d’un mandat d’arrêt. Leurs documents et ordinateurs ont également été saisis.

L’incident, qualifié de «profondément préoccupant» par Londres, s’inscrit dans le durcissement du bras de fer opposant Téhéran aux capitales occidentales. Ces dernières sont pointées du doigt dans la vague de protestation qui secoue le pays depuis la publication des résultats contestés du scrutin du 12 juin. Dans une déclaration rapportée, hier, par la radio d’Etat, l’ayatollah Ali Khamenei a appelé à «l’unité» du pays, en dénonçant les «déclarations opportunes» des dirigeants occidentaux. La veille, son protégé, Mahmoud Ahmadinejad, avait fait une nouvelle sortie contre Barack Obama, en l’accusant d’intervenir dans les affaires de l’Iran.

Devant la prison d’Evin

La tension était déjà palpable, la semaine dernière, avec la décision respective de Londres et Téhéran d’expulser deux diplomates, tandis que Jon Leyne, le correspondant de la BBC en Iran, a été forcé de quitter le pays dans les 24 heures. De son côté, la télévision d’Etat iranienne continue à diffuser les «aveux» de plusieurs personnes identifiées comme des manifestants, et qui affirment avoir été influencées par des médias étrangers. D’après plusieurs sources, une employée locale du bureau des Nations unies à Téhéran vient également d’être arrêtée. Elle est accusée d’avoir montré son soutien envers les manifestants anti-Ahmadinejad, qui s’étaient rassemblés, il y a peu, devant le siège de l’ONU, pour protester contre les fraudes électorales.

Pendant ce temps, l’étau se resserre sur la société. Plusieurs associations iraniennes œuvrant pour la défense des droits de l’homme font état d’une multiplication des descentes de bassidjis , les miliciens islamistes pro-Ahmadinejad, dans des appartements privés de la capitale, où les habitants sont passés à tabac. Motif d’accusation: être montés sur leur toit, à la nuit tombée, en criant «Dieu est grand!» et «Mort au dictateur!» en signe de désobéissance civile. Il reste néanmoins très difficile d’estimer le nombre de personnes arrêtées depuis le début des manifestations. Chaque jour, des parents inquiets font le pied de grue devant la prison d’Evin, à Téhéran, dans l’espoir d’y trouver le nom de leur fils ou de leur fille sur la liste des centaines de détenus, qui ne cesse de s’allonger sur le mur de ce gigantesque centre de détention. Selon Karim Lahidji, vice-président de la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH), basée à Paris, au moins 2000 personnes auraient été arrêtées à ce jour.

Les attaques visant l’entourage de Mir Hossein Moussavi, le candidat malheureux aux élections, sont également de plus en plus systématiques. Samedi, le quotidien réformateur Etemad e Melli rapportait que le siège du parti Kargozaran, qui lui apporta son soutien pendant la campagne, avait fait l’objet d’une perquisition par les forces de sécurité. Malgré la pression, Moussavi continue à tenir tête. Dans un communiqué publié sur le site Ghalamnews, tenu par certains de ses partisans, il a refusé, hier, de participer à la commission spéciale de recomptage portant sur 10% des bulletins de vote, comme l’avait offert le Conseil des Gardiens. Pour lui, l’annulation du scrutin constitue «la solution la plus adéquate pour rétablir la confiance du public».