Publicité

Arrêtés en Bosnie, six Algériens détenus «dans l'indifférence»

Les autorités américaines les accusent d'avoir planifié des attentats à Sarajevo.

Depuis deux ans, Abdelkader Ait Idir ne vit plus, ne dort plus. Mustapha, son frère, est détenu à Guantanamo Bay, «en toute illégalité et dans l'indifférence», dit-il. Abdelkader a reçu en tout et pour tout deux lettres dont plusieurs passages ont été barrés. «Il n'a apparemment pas le droit d'écrire tout ce qu'il veut, le courrier est censuré», indique-t-il.

Abdelkader est devenu le porte-parole des familles des détenus algériens de Guantanamo. Il a identifié cinq autres compatriotes dont l'histoire est la même que celle de Mustapha. «Tous travaillaient en Bosnie-Herzégovine pour des organisations caritatives arabes ou pour le Croissant-Rouge, explique-t-il. Certains se sont même mariés là-bas et ont obtenu la double nationalité. Mustapha, lui, a quitté l'Algérie en 1993 avec son diplôme d'expert en informatique. Il est allé à Split en Croatie. Il a travaillé trois ans comme maquettiste, puis en 1996, après la guerre, il est allé en Bosnie comme bénévole pour Taïba, une association de bienfaisance. Il menait une vie sans problème. Il voulait aider les gens.»

Acquittés par la Cour suprême

En novembre 2001, les six Algériens sont accusés par les autorités américaines d'avoir planifié des attentats contre les ambassades américaine et britannique à Sarajevo. Ils sont appréhendés puis détenus pendant trois mois avant d'être finalement acquittés par la Cour suprême bosniaque. Abdelkader extirpe de sa sacoche une copie du jugement. «Regardez, la présidente de la Cour était une Serbe, pas une musulmane, aucune chance donc que le verdict rendu ait été partial. Ils sont bel et bien innocents», argue-t-il. Mais le jour de leur libération, les six Algériens sont emmenés, cagoulés, vers une direction inconnue par des soldats américains intégrés aux forces de l'OTAN déployées dans la région. Les familles apprennent un mois plus tard qu'ils se trouvent à Guantanamo. «C'est le CICR qui nous a avertis, indique Soraya Nechla, l'épouse d'un des prisonniers. Ils nous ont dit qu'ils avaient vu nos maris, qu'ils allaient bien et qu'ils leur transmettraient nos lettres.»

«Nous connaissons le dossier de ces six Algériens, confirme Florian Westphal, porte-parole du CICR. Et tout comme pour les autres détenus, la question de leur statut juridique est posée. Les autorités américaines les ont placés en marge de la loi, ce qui signifie qu'après dix-huit mois de captivité et parfois plus ils ignorent encore tout de leur sort et ne disposent d'aucun moyen de recours.» Dans sa dernière lettre datée du 4 avril 2003, Mustapha se plaint qu'il n'est jamais question lors des interrogatoires des attentats supposés avoir été planifiés. «Seuls l'organisation et le financement de mon association semblent les intéresser», écrit-il. Suite aux rumeurs faisant état d'une détérioration de la santé psychique des détenus, Abdelkader a intensifié ses démarches. L'ambassade des Etats-Unis à Alger lui a conseillé de s'informer auprès des autorités algériennes qui de leur côté affichent un désintérêt total.