Colin Powell a effectué lundi sa première visite officielle en tant que secrétaire d'Etat américain. Une visite qui a fait apparaître une nouvelle fois un désaccord persistant sur la réduction des arsenaux nucléaires. Les Russes continuent en effet de vouloir que ces réductions soient dûment protocolées dans une série d'accords officiels tandis que les Américains plaident pour un bon vouloir informel, sans contrôle mutuel.

Pire, Powell n'est pas parvenu à repartir de Moscou, comme il l'espérait, avec en poche un chiffre: celui du nombre de têtes nucléaires que la Russie était prête à réduire. «Nous sommes très près d'un accord», a cependant nuancé le secrétaire d'Etat. Powell n'a également pas réussi à convaincre les Russes d'abolir le traité ABM de 1972, abolition qui permettrait aux Américains de procéder aux essais pour la mise en place de leur bouclier antimissile. «Les positions des deux parties restent inchangées», a sobrement commenté le ministre russe des Affaires étrangères, Igor Ivanov, qui s'exprimait devant les journalistes en compagnie de Colin Powell après que celui-ci eut rencontré le président, Vladimir Poutine.

Mais la visite du secrétaire d'Etat avait sans doute également une autre signification: apaiser les inquiétudes russes quant à l'influence grandissante des Etats-Unis en Asie centrale. Powell rentrait justement d'une tournée au Kazakhstan et en Ouzbékistan – des pays traditionnellement sous la sphère d'influence russe, mais qui depuis la campagne d'Afghanistan ont ouvert leurs territoires aux soldats américains. De quoi, à terme, inquiéter la Russie, surtout que Washington ne se montre pas ingrat: 100 millions de dollars ont été promis aux Ouzbeks, une manne qui fait saliver à leur tour le Tadjikistan et le Kirghizistan, prêts eux aussi à se jeter dans les bras de l'oncle Sam.

Le ministre Ivanov s'est d'ailleurs lancé en fin de semaine dernière dans sa propre tournée des Républiques d'Asie centrale, histoire leur rappeler qui étaient leurs plus vieux amis. Et en Afghanistan, même si les Russes sont satisfaits des postes stratégiques que leurs protégés de l'Alliance du Nord on obtenu dans le gouvernement provisoire, ils savent aussi que, comme le disait hier un spécialiste russe «l'arme la plus puissante que possède la communauté internationale pour s'assurer la loyauté des chefs afghans, c'est l'argent». Un argent qui fait cruellement défaut à la Russie. Mais, de tout cela, officiellement, entre Vladimir Poutine et Colin Powell il n'a bien sûr pas été question.