La Chine va envoyer les artistes, cinéastes et gens de télévision à la campagne pour y «acquérir un point de vue correct sur l’art» au contact des «masses» rurales, a annoncé mardi l’agence officielle Chine nouvelle. L’initiative semble tout droit sortie de l’époque maoïste.

Le fondateur du régime, Mao Tsé-toung, avait envoyé des millions d’intellectuels chinois se faire «rééduquer» par les paysans.

L’initiative intervient après que le président Xi Jinping a dénoncé à la mi-octobre la «vulgarité» de certaines productions artistiques, invitant les créateurs à promouvoir les «valeurs socialistes», le patriotisme et à «servir le peuple». Il avait déjà suscité la comparaison avec Mao dans la presse officielle.

L’administration générale de l’Etat en charge de la presse, de la radio, du cinéma et de la télévision «va organiser l’envoi des personnels du cinéma et des productions de séries télévisuelles dans des communautés de base, des villages et des sites miniers pour y effectuer des enquêtes de terrain sur une base trimestrielle», a indiqué l’agence, citant un document officiel de cette administration de supervision des médias.

Faire taire les critiques

Scénaristes, metteurs en scène, animateurs radio et présentateurs de télévision seront également envoyés vivre au moins 30 jours «parmi les minorités ethniques et dans les zones frontalières, ainsi que dans des zones ayant fourni une contribution majeure à la victoire nationale de la guerre révolutionnaire» qui conduisit à la prise du pouvoir communiste en 1949, selon l’agence.

En «vivant parmi les masses», les «travailleurs de l’art et de la littérature» vont ainsi pouvoir «être stimulés dans l’acquisition d’un point de vue correct sur l’art et créer plus de chefs-d’œuvre», selon le document cité par Chine nouvelle.

Pour Joseph Cheng, professeur de sciences politiques à la City University de Hongkong, cette initiative, sans précédent depuis la Révolution culturelle (1966-1976), s’apparente à une «campagne de rectification» de style maoïste, destinée à réduire au silence les critiques contre le président Xi Jinping.

Ce dernier s’est fait le promoteur d’une politique générale beaucoup plus répressive, notamment en matière de censure, depuis son arrivée au pouvoir en 2012.