De tous les potentats régionaux qui se sont emparés du pouvoir en Asie centrale post-soviétique, le kirghiz Askar Akaïev a longtemps été considéré comme le plus «libéral». Élu pour la première fois président de la république en 1990, un an avant l'éclatement de l'URSS, ce physicien de formation, âgé de 61 ans, s'est fait réélire pour un troisième mandat de cinq ans en octobre 2000. Mais, aujourd'hui, près de quinze ans après l'indépendance, ses promesses jamais tenues d'ouverture pourraient bien précipiter sa chute. C'est que, s'il a su jouer de la situation stratégique de son pays, frontalier de la Chine, en autorisant l'installation d'une base américaine sur son sol, Askar Akaïev n'a pas su sortir ses 4,3 millions de compatriotes de la misère. Pire, il semble prêt à tout pour maintenir sa famille au pouvoir. N'a-t-il pas fait élire ses deux aînés – sa fille Bermet et son fils Aïdar – au parlement lors des élections législatives de février-mars dernier pour leur assurer l'immunité? Pour l'opposition, ce fut la magouille de trop.