Un rapport de l’ONU affirme que la police du Pakistan a sciemment fait échouer l’enquête sur l’assassinat en 2007 de l’ancienne Première ministre Benazir Bhutto. Et que le drame aurait pu être évité si des mesures de sécurité adaptées aux menaces avaient été prises.

À propos des enquêteurs pakistanais, le rapport dévoilé dans la nuit affirme que «des responsables, craignant notamment l’implication des services de renseignement, ne savaient pas vraiment jusqu’où ils pouvaient aller dans l’enquête, même s’ils savaient pertinemment, en tant que professionnels, que certaines mesures auraient dû être prises». Le document ajoute que l’enquête pakistanaise «a manqué d’instructions, était inefficace et manquait d’implication pour identifier les criminels et les traduire en justice».

Le document rédigé par des experts, emmenés par l’ambassadeur du Chili à l’ONU, souligne que le gouvernement pakistanais n’est pas parvenu à fournir à Mme Bhutto un service de sécurité aussi rigoureux que celui qui avait été mis en place en octobre 2007 pour deux autres anciens Premiers ministres qui appartenaient au parti soutenant le président Musharraf. Le rapport remarque que ce «traitement discriminatoire est profondément troublant vu les tentatives d’assassinat auxquelles elle a été confrontée trois jours avant et les menaces spécifiques qui pesaient sur elle et qui avaient été identifiées» par les services de renseignement pakistanais.

L’ambassadeur du Pakistan à l’ONU Abdullah Hussain Haroon, qui devait rencontrer la presse après avoir reçu une copie du rapport, a finalement annulé le rendez-vous. Islamabad a indiqué qu’elles ne réagiraient à l’enquête de l’ONU qu’après avoir étudié le rapport.

Benazir Bhutto, chef du gouvernement à deux reprises dans les années 1990, a été tuée le 27 décembre 2007 dans un attentat suicide près d’Islamabad, alors qu’elle sortait d’un meeting de campagne pour les législatives. Le gouvernement d’alors du général Pervez Musharraf avait assuré qu’il s’agissait d’un des nombreux attentats perpétrés par les talibans pakistanais alliés à Al-Qaida. Le Parti du Peuple Pakistanais (PPP) de Benazir Bhutto, et son époux Asif Ali Zardari – qui devint finalement président en 2008 – soupçonnaient des responsables du pouvoir et des services de renseignements d’être impliqués. Une fois chef de l’Etat, le mari de Mme Bhutto avait sollicité une enquête de l’ONU. La commission d’enquête était chargée «d’enquêter sur les faits et circonstances de l’assassinat» et non de déterminer «la responsabilité criminelle des auteurs» qui reste du ressort des seules autorités pakistanaises.