Le nouveau président l’a emporté, samedi, avec 50,23% des suffrages contre 49,77% à son rival, soit seulement 40 000 voix d’écart. Tandis que le vainqueur proclamait sa volonté d’être «un président pour tous», le vaincu le félicitait aussitôt et s’engageait à jouer un «rôle constructif pour l’avenir de la nation». Mais où s’est donc déroulée une élection aussi paisible? Pas en Europe, comme certains pourraient être tentés de le croire, mais en Afrique de l’Ouest. Plus précisément au Ghana, une ancienne colonie britannique indépendante depuis 1957 et qui fait aujourd’hui figure de modèle de vertu démocratique sur le continent. Une «success story» propre à ébranler les convictions des «afro-pessimistes» les plus farouches.

Pour l’opposant John Atta-Mills, un juriste de 64 ans, formé en Grande-Bretagne et surnommé «prof» dans son pays, la troisième fois aura donc été la bonne. En 2000 et 2004, cet ancien vice-président avait été battu à deux reprises. Sa victoire, arrachée vendredi après le vote retardé d’une ultime circonscription, met fin à huit ans de pouvoir du Nouveau parti patriotique (NPP) de John Kufuor, le président sortant. Le Ghana, un pays de 23,5 millions d’habitants, sera désormais dirigé par le Congrès national démocratique (NDC), qui a également fait basculer la majorité du parlement en sa faveur lors des législatives du 7 décembre. Le candidat du NPP, Nana Akufo-Addo, a pointé du doigt des irrégularités ponctuelles, sans pour autant contester véritablement sa défaite.

Exemple en Afrique

Sur un continent dont l’actualité de ces derniers mois a été marquée par la reprise de conflits sanglants (en République démocratique du Congo), par des explosions de violence liées à des scrutins contestés (au Kenya) ou encore par le refus des dirigeants en place de reconnaître leur défaite et de céder le pouvoir (Robert Mugabe au Zimbabwe), le Ghana démontre qu’il n’y a pas de fatalité. La bonne tenue de ce scrutin doit beaucoup au chef de l’Etat sortant, qui fait de plus en plus figure de sage dans la région et sur lequel la diplomatie française s’est fortement appuyée ces dernières années, notamment pour tenter de résoudre le conflit dans la Côte d’Ivoire voisine.

Elu en 2000, puis réélu quatre années plus tard, cet homme discret a refusé de céder à la tentation fortement répandue en Afrique de modifier la Constitution pour pouvoir se maintenir. Durant ses deux mandats à la tête de l’Etat, il est parvenu à consolider la démocratie dans un pays qui a, lui aussi, connu des décennies d’instabilité.

En 1957, le Ghana était devenu le premier pays d’Afrique de l’Ouest à acquérir son indépendance. Au même moment, le «père de la nation» ivoirienne, Félix Houphouët-Boigny, faisait un choix rigoureusement inverse: il proclamait à l’adresse du premier président ghanéen, Kwame Nkrumah, sa volonté de rester dans le giron de la puissance coloniale française.

«Un pari vient d’être lancé entre deux territoires, l’un ayant choisi l’indépendance, l’autre préférant le chemin difficile de la construction avec la métropole d’une communauté d’hommes égaux en droits et en devoirs […] Que chacun de nous fasse son expérience […] et dans dix ans, nous comparerons les résultats.» Jusqu’au début des années 90, l’Histoire a semblé donner raison à l’Ivoirien, dont le pays a connu un miracle économique, se hissant même au premier rang des producteurs de cacao, avant de sombrer progressivement dans le chaos. Le Ghana a connu une trajectoire presque inverse: après plusieurs coups d’Etat, puis vingt ans de pouvoir sans partage de l’ancien pilote militaire, le fantasque Jerry Rawlings, il s’est assagi.