Allemagne

Attaque au camion à Berlin: une personne dangereuse est probablement dans la nature

Un camion a foncé lundi soir sur un marché de Noël à Berlin, faisant au moins douze morts et 48 blessés. La confusion règne autour de l’identité du suspect. La police met en garde la population 

Le bilan de ce qui ressemble à un attentat selon les autorités allemandes s’est alourdi pendant la nuit, à 12 morts et 48 blessés dont de nombreux blessés graves. Le gouvernement allemand parle désormais officiellement d’un «attentat».

A Berlin l’enquête suit son cours. Vers 4h mardi, les forces spéciales du commando SEK ont pris d’assaut un des hangars désaffectés de l’aéroport de Tempelhof au centre de Berlin, converti en plus grand centre d’accueil des réfugiés d’Europe. Selon la chaîne d’information en continu RBB, 4 jeunes hommes d’une vingtaine d’années ont été entendus par les enquêteurs, sans qu’il ne soit procédé à des interpellations.

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Le principal suspect de l’attaque au camion contre un marché de Noël lundi soir semblait être un réfugié pakistanais, arrivé l’an passé avec le flot des réfugiés à Passau, à la frontière entre la Bavière et l’Autriche. Il était connu des forces de l’ordre pour divers petits délits, sans rapport avec les milieux islamistes. Un témoin l'avait suivi en courant à travers les bois du Tiergarten tout en restant en contact avec la police. 

Doute sur l’identité du chauffeur

Cette hypothèse est désormais remise en cause par la police berlinoise. Il n’est «pas certain» que le Pakistanais, interpellé lundi soir, soit le chauffeur du poids lourd, a déclaré Klaus Kandt. Le patron de la police berlinoise suggère que le véritable auteur est peut-être toujours en fuite. La police a mis en garde: une personne «dangereuse» est probablement «dans la nature». Les mesures de sécurité dans la capitale allemande sont en train d'être renforcées.

La chancelière a promis que la lumière sera «faite sur chaque détail, et que (le crime) sera puni avec toute la fermeté de nos lois».

L’attaque s’est produite peu après 20h

Peu après 20h lundi, un camion remorque noir immatriculé en Pologne, s’est jeté sur la foule d’un marché de Noël sur la Breitscheidplatz, au pied de l’Eglise du Souvenir, en plein cœur de Berlin Ouest. Le marché est alors particulièrement fréquenté, à l’heure de fermeture des magasins de ce quartier très commerçant. De nombreux touristes apprécient l’endroit, connu pour son vin chaud et propice à l’achat de petits cadeaux d’artisanat.

Le camion, qui arrivait de l’ouest, a renversé badauds et chalets de bois du marché sur près de 100 mètres, avant de stopper sa course au milieu des étalages, pare-brise éclaté. Le conducteur du véhicule parvient à prendre la fuite à pied.

Le camion aurait été volé à son chauffeur polonais

Dans la cabine, les enquêteurs retrouvent un passager, mort, victime d’une balle. On ne sait pas si elle a été tirée par l’agresseur ou par les forces de l’ordre cherchant à arrêter la course du camion. Dans la nuit, la police a confirmé qu’il s’agissait du chauffeur polonais dont le camion a été détourné à Berlin.

Sur place, c’est la désolation: décorations de Noël arrachées, stands renversés ou écrasés, badauds étendus sur le sol, certains couverts de feuilles aluminium. Les blessés sont transportés vers les principaux hôpitaux berlinois. Les témoins racontent l’horreur, le camion arrivé à grande vitesse – certains affirment qu’il circulait sans éclairage – sur la foule. Puis le silence, impressionnant et inhabituel à cet endroit.

L’entreprise de transports polonaise, interrogée par plusieurs médias allemands, est convaincue que son véhicule a été détourné. Le camion dont la police étudie les données GPS, se trouvait en attente à proximité du chantier berlinois où devaient être livrées 25 tonnes d’acier en provenance d’Italie. Selon Ariel Z., le patron de l’entreprise, le dernier contact avec son chauffeur remonte à 16h lundi. «Il a dit se trouver dans un quartier plein de musulmans, être le seul Européen dans le bureau et aller manger un kebab», a rapporté le patron. Depuis, les données GPS du camion donnent à penser qu’«à plusieurs reprises, quelqu’un a essayé de mettre le moteur en route, une première fois à 15h44, puis à 16h52 et à 17h57.» Le camion s’est finalement mis en route à 19h34, toujours selon l’entreprise. La police allemande n’a pas confirmé ces informations, mais évoque elle aussi l’hypothèse d’un détournement du véhicule.

La police a lancé un appel à témoin, demandant aux personnes ayant assisté à la scène de lui faire parvenir films et photos pris sur place.

Le scénario du drame rappelle l’attentat du 14 juillet à Nice tant par le choix de la cible – l’Eglise du Souvenir, symbole de la ville au même titre que la porte de Brandebourg – que par le mode opératoire.

Depuis des mois, le ministère de l’Intérieur ne cessait de répéter que l’Allemagne était particulièrement menacée. «La question n’est pas de savoir s’il y aura un attentat, mais quand il y en aura un», avait même annoncé Thomas de Maizière, le ministre de l’Intérieur qui doit prendre la parole mardi dans l’après-midi. A plusieurs reprises au cours des derniers mois, le pays avait été visé par des attentats de moindre ampleur, notamment dans le courant de l’été en Bavière, où un réfugié avait agressé des touristes chinois à la hache à bord d’un train régional. La semaine dernière, les autorités allemandes révélaient qu’à deux reprises au cours du mois de novembre, un jeune Irakien de 12 ans aurait tenté de faire exploser une bombe sur un marché de Noël de Ludwigshafen, dans le sud-ouest du pays.

A Munich en juillet dernier, 9 victimes

Comme ce fut le cas lors de l’attaque dans un centre commercial de Munich en juillet dernier, qui a fait 9 victimes, la police berlinoise demande aux citoyens de rester chez eux.

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Les réactions de solidarité se sont multipliées, alors que l’Europe est régulièrement la cible d’attentats revendiqués par des groupes djihadistes.

«Les Français partagent le deuil des Allemands», a dit le président français François Hollande. La Maison-Blanche a condamné avec force «ce qui semble être une attaque terroriste». Quant au président élu des Etats-Unis Donald Trump, il a dénoncé les «terroristes islamistes» qui agressent «continuellement les chrétiens».

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