TERRORISME

Attaque au Kenya. Qui sont les Shebab somaliens?

Les Shebab somaliens ont attaqué jeudi l’Université de Garissa dans l’est du Kenya et ont tué au moins 147 personnes. Depuis plusieurs années, ce mouvement islamiste ancré en Somalie et affilié à Al-Qaïda multiplie les attaques violentes contre les pays voisins.

Les Shebab, littéralement «les jeunes» en arabe, sont à la tête de l’insurrection armée en Somalie, pays sans véritable Etat et plongé dans le chaos depuis 1991. En 2010, ils ont proclamé leur allégeance à Al-Qaïda, organisation à laquelle ils ont été officiellement intégrés en 2012. Mais ils fonctionnent de la même manière d’Al-Qaïda au Maghreb islamique, avec une très grand autonomie. Ils militent pour l’application de la charia et prônent le djihah.

■ Combien sont-ils?

Leurs effectifs sont estimés entre 5.000 et 9.000 hommes. Depuis la mort en septembre 2014 d’Ahmed Abdi Godane, tué dans une frappe américaine, leur chef est Ahmed Umar Abou Oubaïd. D’autres figures-clés du mouvement militent pour un rapprochement avec l’État islamique. Les Shebab comptent dans leurs rangs de nombreux djihadistes européens. Longtemps, la Somalie fut la destination principale des djihadistes suisses, même si la Syrie l’a depuis supplantée.

■ Comment est né ce mouvement?

Les Shebab sont issus d’une branche des Tribunaux islamiques qui ont contrôlé pendant six mois en 2006 le centre et le sud du pays, dont la capitale Mogadiscio, avant d’en être délogés par des troupes éthiopiennes. Depuis qu’ils ont été chassés en août 2011 de Mogadiscio par la Force de l’Union africaine (Amisom, déployée depuis 2007 en Somalie), les Shebab ont été contraints d’abandonner progressivement la totalité de leurs bastions, incapables de faire face à la puissance de feu supérieure des troupes de l’Amisom, à laquelle a été intégré le contingent éthiopien en janvier 2014. Ils continuent toutefois de contrôler de vastes zones rurales et restent la principale menace pour la paix en Somalie, privilégiant désormais opérations de guérilla et attentats-suicides.

 

■ Comment est-il financé

Pour Philippe Philippe Hugon, d irecteur de recherche à l’Institut de relations internationales et stratégiques interrogé par Challenges, «les Shebab vivent du trafic de drogues, du trafic d’armes, ils ont aussi des liens avec les pirates somaliens et bénéficient du soutien de la diaspora somalienne et de l’Érythrée. Ils bénéficient d’un soutien assez important en Somalie puisqu’ils sont présents quasiment sur tout le territoire.» Compte-tenu de la faiblesse du pouvoir en place à Mogadiscio, ils assurent l’ordre auprès des populations, notamment auprès des milieux d’affaires, qui leur paient une dîme.

■ Quel est leur objectif?

Pour le chercheur du CNRS Roland Marchal interrogé par Libération, les Shebab savent qu’ils ne gagneront pas la guerre, mais ils ont des soutiens. «Ils radicalisent leur salafisme terroriste comme le monde radicalise sa volonté d’y mettre fin. Ils veulent créer de l’instabilité au Kenya pour que les troupes de leur pays quittent la Somalie. Et puis, ils rêvent que les Kényans étendent le mouvement jihadiste sur leur propre territoire.»

■ Quelles sont leurs cibles?

Les Shebab ont mené des actions meurtrières ces dernières années dans les pays voisins, Kenya et Ouganda notamment, en représailles à leur implication militaire en Somalie.

En septembre 2013, ils ont revendiqué l’assaut spectaculaire contre le centre commercial Westgate à Nairobi qui a fait 67 morts En juin-juillet dernier, une centaine de personnes sont exécutées dans des raids contre des localités proches de l’archipel touristique de Lamu. Le 22 novembre, des shebab ont exécuté froidement 28 passagers non musulmans d’un bus près de Mandera.. Le 2 décembre, au moins 36 ouvriers ont été tuées près de Mandera dans un raid nocturne.

En Ouganda, les Shebab ont également revendiqué en 2010 un double attentat à Kampala. Le 24 mai 2014, ils ont signé leur premier attentat à Djibouti contre un restaurant de la capitale fréquenté par des Occidentaux.

 

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