Il y a un mystère Karadzic (photo). Inculpé par le TPIY au lendemain des Accords de paix de Dayton, qui ont mis fin à la guerre de Bosnie à l'automne 1995, l'ancien président de la Republika Srpska demeure introuvable, et toutes les opérations des soldats internationaux de la SFOR visant à l'arrêter ont échoué. Durant longtemps, le fugitif a joui d'une protection tacite de la part des autorités actuelles de la Republika Srpska, et il pouvait également se rendre librement dans la Serbie de Milosevic. Mais cette époque a pris fin, et de nombreux signaux indiquent que les dirigeants bosno-serbes eux-mêmes aimeraient bien se débarrasser du dossier Karadzic.

Le fugitif disposait également d'une solide cagnotte, fruit des pillages et des trafics du temps de la guerre. Son frère, Luka Karadzic, qui réside en Serbie, était l'un des personnages clés de la fructueuse contrebande de pétrole dans les Balkans. Ses comptes bancaires et ses sociétés ont été placés sous séquestre, tandis que Momon Mandic, lui aussi impliqué dans le trafic d'essence et considéré comme le principal financier de Karadzic, a été arrêté en Serbie en mars 2003. Le magot avec lequel le fugitif payait ses gardes du corps et achetait silences et complicités a donc fondu comme neige au soleil.

Aujourd'hui, tout le monde se perd en hypothèses, supputant les possibles soutiens dont Karadzic pourrait jouir dans les services de renseignement français ou américains. En fait, la région montagneuse de l'est de la Bosnie dans laquelle il se cache est très difficilement pénétrable, et le fugitif jouit d'un soutien sans faille de la population serbe locale. C'est probablement là toute la différence avec Saddam Hussein.