Attentat à Bangkok: piste ouïgoure

Thaïlande La police évoque une vengeance de la minorité chinoise

La piste ouïgoure, du nom d’une ethnie du nord-ouest de la Chine, s’impose au fil des révélations de la police thaïlandaise comme la plus sérieuse pour expliquer l’attentat qui a frappé le centre de Bangkok le 17 août dernier, faisant 20 morts et 120 blessés. Mardi, le chef de la police nationale, Somyot Pumopunmuang, a livré le nom du principal suspect: Abudureheman Abususataer, alias Ishan, présenté comme le cerveau d’un «réseau de trafic de Chinois ouïgours» vers la Thaïlande. L’homme, identifié comme un Ouïgour, aurait agi en représailles après l’arrestation et la déportation par Bangkok de ces migrants vers la Turquie et la Chine. «En résumé, nous avons détruit son business», a expliqué le chef de la police.

Dans le cadre de l’enquête sur cet attentat – qui n’a toujours pas été revendiqué –, deux hommes ont été interpellés jusqu’ici. L’un d’eux était muni d’un passeport chinois avec comme lieu d’origine le Xinjiang, la province autonome où vivent les Ouïgours, un peuple musulman turcophone.

Dès le lendemain de l’attentat, l’hypothèse d’une vengeance ouïgoure avait été évoquée par la presse locale, notamment parce que le site visé est un sanctuaire hindouiste prisé des touristes chinois. Les autorités thaïlandaises ont toutefois d’abord écarté cette piste. Depuis, Bangkok hésite à faire le lien avec la Chine, la police ayant même appelé ces derniers jours les journalistes à ne plus prononcer le mot «ouïgour».

Expulsions

Ce malaise s’explique en raison des liens étroits qu’entretient le pouvoir militaire avec Pékin. Les Chinois sont par ailleurs devenus l’une des mannes principales de l’industrie touristique du pays. Mais il résulte plus encore d’un épisode peu glorieux remontant au mois de juillet dernier. Bangkok avait alors expulsé quelque 300 Ouïgours en situation irrégulière, la majorité vers la Turquie, mais 109 avaient été remis aux autorités chinoises. La mesure avait suscité une vive réaction de la communauté ouïgoure en exil, ainsi qu’une condamnation de la communauté internationale. Selon Amnesty International, la Thaïlande les a condamnés «au pire châtiment que l’on puisse imaginer». «A maintes reprises, rappelait alors Nicholas Bequelin, directeur régional pour l’Asie de l’Est de l’ONG, des Ouïgours renvoyés en Chine ont disparu dans un trou noir, certains d’entre eux étant placés en détention, torturés et parfois condamnés à mort et exécutés.»

A l’image des Tibétains, les Ouïgours subissent la colonisation chinoise depuis les années 1950. Le contrôle militaire de leur région «autonome» s’est encore renforcé ces dernières années après de nombreux troubles. Pékin accuse pour sa part des Ouïgours de participer à des activités terroristes.