Asie du sud

Attentat au Cachemire indien: l’Inde veut faire payer «le prix fort» 

L’Inde promet une réponse ferme au Pakistan, suite à un attentat meurtrier commis au Cachemire indien et revendiqué par un groupe islamiste pakistanais

«Nos forces de sécurité sont autorisées à prendre les décisions concernant le moment, l’endroit et la nature de leur réponse», a menacé le premier ministre, Narendra Modi, au lendemain d’un attentat kamikaze perpétré dans la vallée du Cachemire indien. Le jeudi 14 février, un convoi paramilitaire a été percuté par un véhicule contenant 300 kilos d’explosifs, fauchant la vie d’au moins 41 membres des forces de l’ordre.

C’est l’une des attaques les plus meurtrières perpétrées dans cette province himalayenne à majorité musulmane, en proie depuis 1989 à une insurrection séparatiste dans laquelle l’Inde voit la main du Pakistan. En pleine campagne pour les législatives prévues au printemps, M. Modi et son parti nationaliste hindou du BJP (Parti du peuple indien) font ainsi face à une nouvelle crise avec le frère ennemi dont les relations, depuis 1947, sont entachées par deux guerres disputées au nom du Cachemire. 

Et l’Inde se retrouve confrontée à ses vieux démons. Le jour même, l’attentat a été revendiqué par le groupe islamiste pakistanais Jaish-e-Mohammed (l’Armée de Mahomet, JeM), qui avait notamment lancé en 2001 une attaque spectaculaire sur le parlement indien, au cœur de New Delhi. Le chef de ce groupe, Masood Azhar, continuerait à vivre au Pakistan, alors qu’Islamabad nie toute implication dans les attentats.

Réactions immédiates

L’outrage suscité par l’attaque du 14 février galvanise le nationalisme indien et la classe politique fait corps face à l’affront. A la tête de l’opposition et du parti du Congrès, Rahul Gandhi a assuré le gouvernement de sa collaboration, évitant prudemment toute critique politique afin de ne pas s’aliéner des votes à l’approche du scrutin.

En signe de protestation immédiate, les autorités indiennes ont retiré au Pakistan des avantages dans les échanges commerciaux pourtant déjà rares entre les deux puissances nucléaires. Les déclarations d’indignation face à l’attentat ont également fusé dans les rangs de M. Modi, qui a promis de faire payer «le prix fort» aux coupables.

Mais quelles sont les véritables options de l’Inde? Face à une attaque similaire survenue en 2016 contre une base militaire (18 morts) et imputée au même groupe JeM, New Delhi avait d’abord organisé une offensive diplomatique puis avait décidé de lancer des «frappes chirurgicales» sur des positions séparatistes au Pakistan. Ce déploiement de force n’avait en rien changé la situation au Cachemire. Mais le parti de M. Modi, alors perçu comme l’homme fort de la situation, avait ensuite raflé un important scrutin régional.

«Isoler totalement le Pakistan»

Cette fois-ci, et dans un premier temps, l’Inde se lance à nouveau dans une guerre diplomatique: le ministre des Finances, Arun Jaitley, a assuré que son pays ferait tout pour «isoler totalement» le Pakistan. Mais la réponse militaire n’est pas écartée. «Le gouvernement va devoir choisir ses options avec caution», met en garde le quotidien The Hindustan Times, qui préconise de ne pas céder à «une réponse musclée pour venger les morts». 

La situation pourrait aussi justifier un recours assumé à une rhétorique anti-pakistanaise de la part de M. Modi qui en a souvent fait son fonds de commerce en campagne. «C’est une opportunité pour le gouvernement et une carte à jouer à l’approche des élections législatives», estime Shekhar Singh, du département Relations internationales et Gouvernance à l’Université de Shiv Nadar.

«Mais la vraie question est qu’il n’y a aucune tentative de régler la situation au Cachemire, confiné à un enjeu sécuritaire, poursuit Shekhar Singh. Avec le gouvernement actuel, c’est une paralysie de la réflexion et de la discussion.» Malgré le renforcement de la lutte antiterroriste, le Cachemire est le théâtre d’une flambée de violences, avec 550 morts comptabilisés en 2018. L’auteur de l’attentat du 14 février n’était pas un Pakistanais mais un jeune villageois qui avait pris le maquis l’an dernier. Le ressentiment «anti-indien» est loin de s’être fané, dans cette province quadrillée par un demi-million de soldats et traumatisée par la guerre. 

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