Samedi soir à 21 h 40: devant la caserne d’Antrim, petite ville à 25 km au nord-ouest de Belfast, deux voitures arrivent pour livrer des pizzas. Quatre soldats sortent de la base pour récupérer la livraison. C’est alors que deux hommes, cachés dans une voiture garée à proximité, ouvrent le feu. Après une longue salve de mitraillette, ils se rapprochent, visent les personnes gisant à terre, et ouvrent le feu une seconde fois, avant de prendre la fuite. Bilan: deux militaires tués et quatre blessés graves, dont les deux livreurs de pizzas.

L’IRA-véritable, né en 1997 d’une scission avec l’Armée républicaine irlandaise (IRA), a revendiqué dimanche l’attentat. C’est la première fois depuis 1997 qu’un mouvement nationaliste tue des forces de l’ordre.

Tension perceptible

L’attaque n’est cependant pas vraiment une surprise. Cela fait des mois que les autorités s’inquiètent de la sophistication toujours plus grande de ces groupuscules extrémistes républicains. Le mois dernier, la police a désamorcé de justesse une voiture piégée, dont la bombe était beaucoup plus complexe qu’à l’accoutumée. La semaine dernière, le niveau officiel de risque terroriste en Irlande du Nord a été monté d’un cran, à «sévère». Hugh Orde, qui dirige la police d’Irlande du Nord, prévenait que les risques d’attentat étaient au plus haut depuis les sept années qu’il était à son poste.

Si les groupuscules dissidents ont gagné en puissance ces derniers mois, c’est en partie parce que le processus politique stagne. Presque deux ans après la décision historique de Ian Paisley, le leader du DUP (Parti unioniste radical), d’accepter de partager le pouvoir avec le Sinn Féin (Parti républicain radical), les avancées sont faibles. En particulier, une question centrale n’a toujours pas été réglée: la décentralisation de la police et de la justice. Celles-ci demeurent sous le contrôle de Londres, mais le projet est de les transférer au gouvernement d’Irlande du Nord. Mais les négociations traînent. «Une possible raison (de la hausse de l’activité des groupes républicains dissidents) est peut-être la perception que l’absence de progrès de la dévolution de la justice et de la police a créé un vide politique», écrivait à l’automne l’Independent Monitoring Commission, un groupe indépendant chargé de superviser les risques paramilitaires en Irlande du Nord.

Néanmoins, les risques d’une reprise d’une grande campagne de violence demeurent faibles. Contrairement à l’IRA pendant les trente années du conflit, les groupuscules républicains ne bénéficient ni d’un large soutien populaire, ni d’un commandement central, ni ne possèdent un vaste armement. Martin McGuinness, le vice-premier ministre et un ancien membre de l’IRA, a eu hier des mots très durs pour condamner l’attaque. Avant d’ajouter, à destination de son électorat: «Ces personnes n’ont pas de stratégie pour la réunification de l’Irlande. Nous, au Sinn Féin, nous en avons une.» Le risque, à terme, est que plus la situation politique restera bloquée, moins sa propre communauté acceptera ce genre d’arguments.