France

Attentat de Nice: la pression s’accroît sur Bernard Cazeneuve

Une enquête de «Libération» contredit la communication du Ministère de l’intérieur après le drame de Nice

Alors que se poursuit l’enquête sur la personnalité et le passé de Mohamed Lahoualej Bouhlel, l’attentat de Nice est en train de tourner au vinaigre sur le plan politique. Dans son édition de jeudi, sous le titre «Des failles et un mensonge», le quotidien «Libération» cible le ministre français de l’Intérieur, Bernard Cazeneuve, accusant la communication gouvernementale d’avoir «au minimum, travesti la réalité».

Faible déploiement de sécurité

Selon «Libération», qui s’appuie sur des photos prises avant l’attentat et sur «une source policière qui a pu visionner les images de la vidéosurveillance», il n’y avait aucune présence de la police nationale, à l’heure de l’attentat, là où la promenade des Anglais était réservée aux piétons pour le feu d’artifice. Seuls une voiture de la police municipale et deux policiers municipaux en contrôlaient les accès. Bien trop peu pour bloquer un camion lancé à 90 à l’heure, qui devait faire 84 morts et plus de 200 blessés.

Toujours selon l’enquête du quotidien, ce faible déploiement de sécurité avait été prévu lors d’une réunion le 7 juillet à la Préfecture des Alpes-Maritimes, entre les responsables de la police nationale et ceux de la ville de Nice, qui fournit les effectifs de police municipale. La police nationale devait se concentrer sur la sécurité de la zone piétonne du centre-ville, à 370 mètres de la promenade des Anglais.

«La police nationale était présente»

L’ennui, c’est que le ministre de l’Intérieur a affirmé le contraire. Le 16 juillet, il répétait que «la police nationale était présente et très présente sur la promenade des Anglais» et que «des véhicules de police en rendaient impossible le franchissement». Pourtant, Mohamed Lahoualej Bouhlel est passé au volant de son 19 tonnes.

Ainsi attaqué, Bernard Cazeneuve a réagi en deux temps. Dans un communiqué dans la nuit de mercredi à jeudi, il a d’abord, sans vraiment contester les affirmations de «Libération», mis en cause «la déontologie des journalistes» et dénoncé «des procédés qui empruntent aux ressorts du complotisme». Puis, quelques heures plus tard, il a décidé de saisir l’Inspection générale de la police nationale (la «police des polices»), qui devra mener une enquête.

Démission de Bernard Cazeneuve demandée

Après les attentats de janvier de 2015 puis ceux du 13 novembre, peu de voix discordantes, mis à part au Front national, s’étaient élevées pour rompre ce qu’on appelle l’union nationale. Rien de tel cette fois. Depuis le 15 juillet, l’ancien maire de Nice Christian Estrosi met en cause la police nationale, et Marine Le Pen, présidente du Front national, avait demandé dès samedi la démission de Bernard Cazeneuve, demande relayée depuis la parution de «Libération» par tous les cadres du FN.

Preuve qu’il y a vraiment le feu, François Hollande a volé jeudi, depuis Dublin, au secours de Bernard Cazeneuve, estimant que son «sang froid», sa «compétence» et sa «rigueur» ne «devaient pas laisser place à la polémique». Mais assurant que «s’il y a pu avoir des insuffisances, elles seront connues». Une manière transparente de mettre la pression sur le ministre de l’Intérieur.

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