Un véhicule civil, apparemment inoffensif, peut se révéler une arme très meurtrière. C’est ce qu’avaient démontré les auteurs de l’attentat du 11-Septembre, en précipitant des avions de ligne sur des bâtiments. C’est ce qu’a confirmé jeudi soir à Nice un jeune homme seul, en jetant un camion dans une foule. Nul besoin de bombe ou même de fusil pour semer l’épouvante. Une gamme quasi infinie d’objets peut servir. Le danger procède non de leur nature mais de la détermination de celui qui s’en sert. Détermination à tuer aveuglément et détermination à le payer, si nécessaire, de sa vie.

Après Al-Qaida, l’Etat islamique a adopté la méthode. «Si vous ne pouvez pas faire sauter une bombe ou tirer une balle, débrouillez-vous pour vous retrouver seul avec un infidèle français ou américain et fracassez-lui le crâne avec une pierre, tuez-le à coups de couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le d’une falaise, étranglez-le, empoisonnez-le!», a déclaré l’un de ses porte-parole, Abou Mohammed Al-Adnani, en septembre 2014. Une telle stratégie est extraordinairement difficile à contrer pour les forces de l’ordre: sécuriser les aéroports passe encore, mais sécuriser les routes… Et puis quelle efficacité!

Lire aussi: [En continu] Attentat à Nice: une Suissesse figure parmi les victimes de l’attaque

Immenses effets

L’attentat de Nice illustre de manière exacerbée la logique du terrorisme, qui est de produire un maximum d’effets avec un minimum de moyens. Minimum de moyens matériels: un camion frigorifique loué deux jours avant le massacre dans une commune voisine. Minimum de moyens humains: un chauffeur, avec lequel a peut-être collaboré, mais pas forcément, une équipe réduite de complices. La seule caractéristique remarquable du meurtrier est son abnégation face à la souffrance causée aux autres et à sa propre mort.

Lire aussi: Nice attaquée: «Nous avons trop tôt oublié la guerre»

Quant aux effets, ils ont été d’emblée immenses. Il y a bien entendu le nombre de morts, plus de 80. Mais il y a aussi tout ce qui a suivi: le discours dramatique du président de la République française, François Hollande, au milieu de la nuit; les drapeaux en berne; le deuil national; la reconduction de l’état d’urgence pour une durée indéterminée; sans oublier le concert des réactions à l’étranger, de l’Allemagne au Royaume-Uni, en passant par les Etats-Unis, la Russie, le Brésil, l’Egypte…

Lire aussi: A Nice, le jour se lève sur une nuit de sang

Ne pas céder au dérapage

Et encore ne s’agit-il là que des premières réponses à l’attentat. Des réponses officielles et civilisées. Il reste à savoir quelles ripostes préparent les autorités et, de manière plus générale, la société française à cette attaque contre des civils de tous âges et de toutes conditions un soir de fête nationale, une opération qui a tout pour révolter et pour déstabiliser. Paris intensifiera-t-il ses bombardements sur les positions de l’Etat islamique en Syrie? Des mouvements xénophobes anti-immigrés et, en écho, anti-Français vont-ils se multiplier à travers l’Hexagone?

Il est impensable de ne pas réagir. Mais toute réaction maladroite risque de nourrir un cercle vicieux de violences de plus en plus barbares et de moins en moins contrôlables. Surtout, il ne faut pas l’oublier: ceux qui ont inspiré le kamikaze n’attendent que cela, un dérapage. Ils comptent dessus pour sortir plus fort encore de leur crime.