Mise à jour, 8h00.

Un kamikaze kirghize serait à l'origine de l'attentat, selon les autorités kirghizes. «Le kamikaze était un ressortissant kirghiz, Akbarjon Djalilov (...), né en 1995», a déclaré à l'AFP le porte-parole des services de sécurité kirghizes, Rakhat Saoulaïmanov. «Il est probable qu'il a acquis la nationalité russe», a-t-il ajouté.


Le spectre du terrorisme resurgit en Russie à un an des élections des présidentielles russes. Une forte explosion a détruit une rame de métro dans la station Place Sennaïa, en plein centre de Saint-Pétersbourg. L’explosion a retenti à 14h35 locale, hors des heures de pointe. Le bilan officiel, qui peut encore évoluer, faisait état en fin d’après-midi de 10 morts et de 47 blessés, dont 20 dans un état grave. Les cinq lignes du métro pétersbourgeois ont été fermées pour le reste de la journée, ainsi que plusieurs artères du centre-ville.

Deux bombes artisanales

Les premiers éléments de l’enquête dévoilés par le Comité d’enquête de Russie indiquent que la bombe consistait en une charge de 300 grammes de TNT autour de laquelle étaient emballés de petits objets métalliques (apparemment des boulons) destinés à causer un maximum de ravages. Le Comité national anti-terroriste indique qu’une seconde bombe, d’une charge trois fois plus puissante et désamorcée à temps, a été trouvée dans la station Vosstania, qui dessert la principale gare ferroviaire de la ville. L’explosif était apparemment caché dans un extincteur d’incendie et chargé de petits éléments métalliques.

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Place Sennaïa et Vosstania sont respectivement les deux stations les plus fréquentées du métro de Saint-Pétersbourg, qui transporte quotidiennement deux millions de passagers. Trois heures et demie après l’explosion, la chaîne de télévision privée russe Ren-TV a publié deux photographies du suspect présumé des attentats, capturées par les caméras de surveillance du métro. Elles montrent un homme barbu vêtu d’une longue tunique noire (qamis) et coiffé d’une chéchia également noire. Son apparence correspond à l’image d’Épinal d’un musulman pieux. Une seconde personne est recherchée par les autorités en liaison avec l’explosion. Des internautes rapportent des arrestations d’hommes au faciès caucasien dans un cinéma de Saint-Pétersbourg.

Le bureau du procureur général de Russie a indiqué qu’il s’agit d’un acte terroriste, mais d’autres structures de sécurité préfèrent attendre avant de qualifier la nature de l’explosion. Vladimir Poutine, qui se trouvait dans la ville au moment du drame, a exprimé ses condoléances aux familles des victimes et déclaré qu’il est encore trop tôt pour parler d’acte terroriste. «Nous examinons toutes les hypothèses, dont les conflits domestiques ou criminels.» Le président russe s’est exprimé en marge d’un entretien mené avec son homologue biélorusse dans le palais Smolny, à quelques kilomètres du lieu de l’explosion. Même si les phrases qu’il a prononcées sont convenues, leur expression à peine une heure après les faits marque un changement. D’ordinaire, Vladimir Poutine garde le silence pendant plusieurs jours après des tragédies de cette nature.

Premier attentat depuis 2011

La Russie n’avait pas connu d’attentat sur son territoire (à l’exception du Caucase) depuis 2011, lorsqu’une explosion avait tué 27 personnes à bord d’un train de ligne reliant Moscou à Saint-Pétersbourg. Un an plus tôt, 38 personnes avaient perdu la vie à la suite de deux attentats suicides dans le métro moscovite. Ces attaques avaient été revendiquées par des groupes islamistes basés dans le Caucase russe. La Russie a en revanche été la cible récente d’attaques en dehors de son territoire. L’ambassadeur de Russie en Turquie a été abattu à Istanbul en novembre 2016. En octobre 2015, un avion de touristes russes revenant d’Egypte avait explosé au-dessus du Sinaï, causant la mort de 224 personnes. L’attentat avait été revendiqué par l’Etat islamique et avait été rendu possible par une grosse faille de sécurité égyptienne.

L’attentat de lundi n’est pas encore revendiqué, mais la suspicion tombe logiquement sur les groupes terroristes opposés à l’intervention russe en Syrie. Les structures de sécurité russes ont plus d’une fois indiqué craindre le retour de combattants d’origine russe ou d’anciennes républiques soviétiques partis combattre au Proche-Orient. Ces combattants seraient au nombre de 7000 et certains d’entre eux seraient déjà revenus en Russie. L’attentat de Saint-Pétersbourg jette désormais une ombre sur l’année électorale qui se profile. Dans le passé, chaque attentat sur sol russe avait conduit le Kremlin à instaurer des restrictions des libertés publiques.