Droit dans le box, Ayoub El Khazzani, chemise à carreaux, cheveux noirs attachés en chignon, ne manifeste aucune émotion. Dans la matinée, il avait présenté ses excuses aux victimes, la voix étranglée de sanglots. Son avocate Sarah Mauger-Poliak a annoncé qu'il ferait appel.

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Le 21 août 2015, Ayoub El Khazzani, aujourd'hui âgé de 31 ans, avait pris un café devant la gare de Bruxelles avant de monter dans le Thalys Amsterdam-Paris. Il était entré aux toilettes, ressorti torse nu armé d'une kalachnikov, d'un pistolet et d'un cutter, et de près 300 munitions à portée de main dans un sac ouvert sur son ventre. «Un véritable arsenal» avec lequel il comptait tuer «aveuglement et indifféremment» les quelques 200 passagers à bord, affirme le président Franck Zientara.

Une «intervention héroïque»

Ayoub El Khazzani agit sur ordre de l'Etat islamique et est piloté par le futur coordinateur des attentats du 13 Novembre, Abdelhamid Abaaoud. «Un train lancé à grande vitesse», «pas d'issue pour les victimes... Un plan parfait», avait résumé mardi l'avocat général, dont les réquisitions ont été suivies.

Et puis, avait aussi dit l'avocat général, «il arrive que dans les tragédies surviennent des moments de grâce» : un premier passager, âgé de 28 ans, «par instinct» bloque El Khazzani de tout son poids. Un autre passager tente d'intervenir, mais c'est le soldat américain en vacances Spencer Stone, 23 ans, qui le plaque au sol entre les rangées de passagers alors que le tireur vient d'armer et de pointer son fusil vers lui. On entend un «clic», mais la balle ne part pas; les munitions sont défectueuses, souligne la cour.

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El Khazzani sort ensuite son pistolet puis son cutter, mais Stone et un de ses amis, également militaire américain, finissent par le maîtriser «fou furieux», rappelle le président. «Ce serait le scenario d'un film, j'y croirais à peine» avait résumé à la barre un passager du train.

Une «intervention héroïque» des passagers, qui a fait un blessé grave, rappelle la cour. Mark Moogalian, professeur d'anglais de 51 ans avait réussi à s'emparer brièvement de la kalachnikov avant qu'El Khazzani ne lui tire une balle dans le cou. «Justice a été faite», déclare à la sortie de l'audience sa femme, présente dans le train.

Une défense démentie

La cour a confirmé à El Khazzani ce qu'il lui avait été répété pendant les cinq semaines de procès : personne n'a cru à sa version. Ce radicalisé express qui avait voulu venger les bombardements occidentaux en Syrie a répété qu'Abaaoud ne lui avait ordonné de ne cibler que les soldats américains à bord - impossible à anticiper, souligne la cour - et des «membres de la Commission européenne». Il assure aussi avoir renoncé à tirer, «détruit psychologiquement après avoir croisé le regard de Spencer Stone», résume la cour, «pas convaincue» non plus.

L'attaque, précise le président, s'inscrit dans «une véritable campagne d'attentats de masse» organisée depuis la Syrie et coordonnée en Europe par Abdelhamid Abaaoud, qui «trouve son apogée» dans les attentats de Paris en novembre 2015 et de Bruxelles en mars 2016.

Le «silence» d'El Khazzani sur Abaaoud, notamment pendant les mois qui ont précédé le 13 Novembre, a joué dans la décision. «Vous n'ignorez pas la haine qui l'animait, la violence dont il était capable», souligne le président.

Le sort des co-accusés

Les trois co-accusés d'El Khazzani sont tous dans le box car il ont croisé la route d'Abaaoud et l'ont aidé dans son périple vers l'Europe. Bilal Chatra, «Abu Hamza le sniper» en Syrie et «bombe à retardement» selon les avocats généraux, a été condamné à 27 ans de réclusion. Redouane El Amrani Ezzerrifi, migrant qui aidé Abaaoud «sans savoir qui il était» jure-t-il, a été condamné à sept ans de prison. Mohamed Bakkali, qui a nié jusqu'au bout avoir été le «chauffeur» d'El Khazzani et d'Abaaoud, et qui est par ailleurs soupçonné d'être un logisticien du 13 Novembre, a été condamné à 25 ans de prison. Il va également faire appel, a indiqué sa défense.