Le procès des attentats islamistes commis fin novembre 2008 dans la capitale économique de l’Inde, Bombay, a connu lundi un spectaculaire coup de théâtre, lorsque Mohammad Ajmal Amir Iman, alias «Kasab», unique survivant du commando qui avait attaqué la mégapole de 18 millions d’habitants, s’est levé dans son box du tribunal spécial de Bombay en déclarant «je plaide coupable, je veux passer aux aveux».

Jugé depuis avril, ce Pakistanais de 21 ans plaidait jusqu’à présent non coupable et rejetait ses 86 chefs d’accusation, dont celui d’«actes de guerre» contre l’Inde. Prenant le juge, le procureur et son avocat par surprise, le jeune homme a raconté comment s’étaient déroulées les attaques contre des hôtels de luxe, la gare centrale, un café-restaurant touristique et un centre juif, faisant 174 morts, dont ses neuf comparses et 26 étrangers.

Le 26 novembre au soir, M. Iman et son complice Abu Ismaïl avaient été filmés par des caméras de surveillance et vus par une centaine de témoins ouvrir le feu et lancer des grenades dans la gare de Bombay, assassinant 52 personnes et faisant 109 blessés.

«Je tirais et Abu jetait les grenades», a avoué «Kasab», cité par l’agence Press Trust of India. «Je m’étais posté devant Abu pour que personne ne l’aperçoive. J’ai tiré sur un policier jusqu’à ce qu’il ne puisse plus riposter», a-t-il confessé.

Armé d’un fusil AK-47, le duo avait poursuivi son équipée meurtrière en ouvrant le feu au hasard sur des passants et des officiers de la police, abattant même le chef de l’escadron antiterroriste de la ville.

La fille d’un policier tué, Divya Salaskar, a confié à l’AFP «voir le bout du tunnel» grâce à ces aveux, après une «vie bouleversée» par «quelqu’un qui m’a brutalement pris mon père».

«Kasab» a aussi admis avoir posé une bombe de huit kilos dans le taxi qui l’avait emmené à la gare. Le chauffeur et un client avaient péri dans l’explosion.

D’après le procureur Ujjwal Nikam, le Pakistanais a avoué car il a compris que «la messe était dite» après avoir été identifié par 134 témoins et confondu par son ADN et ses empreintes digitales. L’accusation a fait surtout un lien entre ces aveux soudains et le procès dans les prochains jours, au Pakistan, de cinq hommes accusés d’être derrière les attaques, parmi lesquels leur cerveau Zaki-ur-Rehman Lakhvi.

L’Inde, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne imputent les attentats de Bombay au groupe islamiste pakistanais Lashkar-e-Taïba (LeT), avec, accuse New Delhi, la complicité des services de renseignements militaires d’Islamabad (Inter-Services Intelligence, ISI).

Le LeT et le Pakistan ont nié, mais Islamabad a admis que le complot avait été «en partie» ourdi sur son sol et a arrêté des responsables présumés. Ce que la presse surnomme le «26-Novembre» ou le «11-Septembre de l’Inde» a provoqué le gel du laborieux processus de paix amorcé en 2004 entre les puissances nucléaires rivales.

«Je crois que tout le complot a été préparé par ces Pakistanais. Tous ceux qui sont impliqués dans le 26/11 devraient être pendus», a estimé sur la chaîne de télévision NDTV le Premier ministre de l’Etat du Maharashtra, dont Bombay est la capitale, Ashok Chavan.

M. Iman «devrait subir le pire des châtiments, comme pour les criminels en Arabie saoudite», a lancé le policier Balu Bandu More, blessé dans la fusillade de la gare.

«Kasab» encourt la peine de mort en Inde.