Pour Fabrice Balanche, chercheur invité au Washington Institute et spécialiste de la Syrie, la Turquie est visée parce que désormais elle combat l’Etat islamique

Lire aussi: L’ombre de l’Etat islamique sur l’attentat d’Istanbul

Le Temps: Après l’aéroport de Bruxelles, celui d’Istanbul a été visé. Les aéroports sont-ils sur une liste particulière?

Fabrice Balanche: Il y a des différences entre Bruxelles et Istanbul. En Belgique, les kamikazes se sont fait sauter dans l’urgence, parce qu’ils se savaient traqués et sur le point d’être arrêtés. Mais ils auraient préféré attaquer une cible sur le territoire français plutôt qu’en Belgique où ils auraient voulu maintenir leurs bases arrières. Par ailleurs, les aéroports sont des cibles à fort impact symbolique et touristique. A Istanbul, l’EI s’en prend directement à l’un des revenus essentiels de la Turquie: le tourisme.

- Pourquoi la Turquie?

- Après avoir fermé les yeux sur les allées et venues des djihadistes de l’Etat islamique (EI), le gouvernement turc a décidé de s’attaquer à l’EI sur le terrain syrien. Parmi les mesures efficaces prise par Ankara, il y a la fermeture de la frontière turco-syrienne et le soutien financier et militaire à des combattants anti-EI. Plus précisément, des groupes de rebelles turkmènes (la division 13 et la katiba Sultan Mourad) ont été poussés à se battre contre l’EI à partir d’Azaz et de Marea au nord d’Alep.

- Acculé sur le champ de bataille, l’EI va-t-il choisir de multiplier les attentats suicides hors de Syrie?

- Oui, ils perdent du terrain en Syrie et pourraient même abandonner complètement les territoires qu’ils contrôlaient jusqu’à maintenant. Mais leur message est le suivant: nous avons des réseaux clandestins en Syrie et ailleurs, des cellules que nous pouvons activer facilement pour frapper n’importe où au Moyen-Orient et en Europe. En clair, le groupe peut perdre sa capitale syrienne Raqqa mais maintenir une capacité de nuisance. Le but: frapper les pays qui les combattent là où ça fait mal. Et en Turquie, c’est le tourisme. A moyen terme, cela permet d’attiser les tensions entre communautés.