Au lendemain des attaques commises à Istanbul contre le consulat des Etats-Unis et contre un poste de police, la presse locale s’inquiétait que la Turquie soit devenue une région «risquée à visiter». Le tourisme, qui constitue l’une des plus importantes sources de revenus du pays, est en effet un secteur clé. Avec 21 millions de visiteurs, la Turquie fait partie des dix pays les plus fréquentés au monde.

L’incertitude sécuritaire ne date pourtant pas de la dernière vague d’attentats. Depuis quelques mois, ses effets se sont déjà fait sentir sur l’économie. Sur les six premiers mois de l’année, les revenus du tourisme ont chuté de 9%, passant de 13,5 à 12,5 milliards de dollars. Selon des sources gouvernementales, le nombre d’étrangers arrivés en Turquie a diminué en juin de 4,89% à 4,12 millions de personnes, par rapport à la même période de l’année passée.

En 2014, le tourisme a représenté une manne de 82,1 milliards de livres turques (plus de 29 milliards de francs), soit 4,7% du PIB turc. Le secteur occupe, avec les emplois induits, 2,13 millions de personnes (8,2% de la main-d’œuvre active du pays), selon une étude de World Travel and Tourism Council, une organisation effectuant des recherches sur le secteur.

Jusqu’à présent, les risques d’attentats étaient concentrés dans l’est du pays et près de la frontière avec la Syrie. Mais les attentats d’Istanbul pourraient changer la donne. Deux tiers des Britanniques reconsidéreraient déjà leur séjour dans le pays, selon un sondage du quotidien Express mené sur 37 000 personnes.

Une mauvaise nouvelle pour l’économie du pays qui se trouve déjà en phase de ralentissement, avec une croissance de 2,4% en 2014 et une monnaie qui s’est dépréciée, face au dollar, de 15,4% depuis le début de l’année.

Suisses toujours sereins

Malgré les risques, Omer Ibrahimof a choisi de maintenir son voyage dans son pays d’origine. Pour ce Genevois de 27 ans, «la menace n’est pas plus élevée qu’en Europe de l’Ouest. Il ne faut pas céder au jeu des terroristes.»

Les voyagistes suisses restent, eux aussi, sereins. Chez Kuoni, ­on rappelle que les attentats ont frappé des zones peu touristiques du pays. «Ce n’est pas dans l’intérêt politique du PKK de viser des touristes, raisonne son porte-parole Peter Brun. Nous n’avons enregistré aucune annulation en raison de la situation politique.» Même message du côté d’Hotelplan Suisse. Prisca Huguenin-dit-Lenoir explique: «Il n’y a pas lieu, pour nous, d’évacuer nos clients de zones peu concernées par l’instabilité politique. Mais nous restons attentifs à une éventuelle modification des recommandations du DFAE.»