Ces explosions ont frappé peu avant 8h00 heure locale (2h00 en Suisse) l’hôtel Ritz Carlton et le Marriott, tous deux situés dans le quartier des affaires de Kuningan, dans le centre-ville. Elles ont été provoquées par des «bombes de forte puissance», a annoncé le ministre de la Sécurité indonésienne, Widodo Adi Sucipto.

«Le nombre de tués s’élève à neuf. Huit sont morts sur les lieux et un à l’hôpital», selon un porte-parole de la police, Nanan Soekarna. «Il y a aussi 41 blessés, dont 14 étrangers», a-t-il ajouté.

Au cours des recherches menées dans les étages du Marriot, une autre bombe a été découverte et désamorcée, a indiqué un porte-parole de la présidence indonésienne.

Deux heures plus tard, l’alerte était de nouveau donnée à Jakarta après l’explosion d’un véhicule dans un quartier commercial. Mais celle-ci n’a pas été provoquée par une bombe, comme l’ont annoncé des médias locaux, mais par la batterie défectueuse du véhicule, a annoncé la police.

La première explosion s’est produite quelques minutes avant 8h00 dans un café situé au sous-sol de l’hôtel Marriott. La seconde a dévasté, deux minutes plus tard, un restaurant du Ritz Carlton, alors que des clients y prenaient le petit-déjeuner. «Tout d’un coup, le plafond est tombé et on a entendu un bruit énorme», a indiqué Cho In Sang, un Sud-coréen de 50 ans, qui était au Ritz Carlton et a été conduit à l’hôpital pour des blessures aux bras et aux jambes.

«J’ai entendu deux bruits d’explosion comme boum, boum venant du Marriott et du Ritz Carlton. Et j’ai vu ensuite des gens s’enfuir», a ajouté un garde de sécurité, Eko Susanto.

Condamnation présidentielle

Peu après les attaques, Susilo Bambang Yudhoyono, le président indonésien s’est adressé à la presse. Il a estimé que ce double attentat «ébranle la situation sécuritaire du pays».

Les responsables de ces actes «n’ont pas d’humanité et aucune considération pour les dommages faits à notre pays à la suite de cet acte terroriste qui va avoir un fort impact sur notre économie, le commerce, le tourisme et notre image dans le monde. Je suis convaincu que nous pourrons interpeller et punir selon la loi ceux qui l’ont perpétré», a-t-il estimé.

Ces attentats interviennent une semaine après l’élection présidentielle qui a vu, selon des résultats partiels, la réélection de M. Yudhoyono, 59 ans, pour un second mandat de cinq ans.

Attaques suicides confirmées

Sur le front de l’enquête, le chef de la police nationale indonésienne, Bambang Hendarso Danuri a déclaré vendredi après-midi que «sur la base des informations obtenues sur les lieux des explosions», il était en mesure d’établir qu’il s’agissait «de deux attentats suicides». Et de donner des précisions sur le déroulement des faits.

Selon les éléments d’enquête à disposition, le terroriste présumé – responsable de la première attaque perpétrée contre l’hôtel Marriott – s’est fait passer pour un client auprès des gardes de sécurité avant de faire exploser sa bombe dans un café situé au rez-de-chaussée.

Un corps, séparé de la tête, a été découvert sur les lieux de l’explosion, qui a fait sept morts, selon la police.

Quelques minutes plus tard, une autre bombe explosait dans un restaurant de l’hôtel voisin Ritz Carlton, faisant deux morts.

Des images des caméras de sécurité de l’hôtel, diffusées à la télévision, montrent un homme rentrer, avec une démarche peu assurée, dans la salle de restaurant juste avant l’explosion. Il portait un sac et une mallette.

Du matériel explosif et une autre bombe ont été découverts dans une chambre de l’hôtel Marriott au cours des recherches. La bombe a été désamorcée. «Nous enquêtons pour découvrir l’identité de la personne qui a loué cette chambre», a précisé Nanan Soekarna, un porte-parole de la police nationale.

Rupture de trêve

La capitale indonésienne n’avait pas été visée par des attentats depuis celui du 9 septembre 2004 qui avait provoqué la mort de 10 personnes devant l’ambassade d’Australie. Un an plus tôt, le 5 août 2003, l’hôtel Marriott avait déjà été la cible d’un attentat, qui avait tué 12 personnes. Cette série d’attentats avait été attribuée à la Jemaah Islamiyah (ou «Communauté islamique»), un réseau terroriste ayant pour objectif la création d’un Etat islamique en Asie du Sud-est.

Trois militants islamistes ont été exécutés en novembre 2008 pour avoir participé aux attentats ayant fait 202 morts, essentiellement des touristes, dans une station balnéaire de Bali le 12 octobre 2002. Depuis ces attaques, l’Indonésie a porté des coups sévères à la Jemaah Islamiyah, dont des centaines d’activistes ou sympathisants ont été arrêtés. Mais certains de ses leaders restent introuvables, comme le Malaisien Noordin Mohammad Top, cerveau présumé des attentats du Marriott de Jakarta et de celui de Bali. Malgré les soupçons du gouvernement indonésien, la mouvance islamiste n’a pour l’heure, pas revendiqué ces nouvelles attaques.

Les explosions d’aujourd’hui interviennent deux jours avant l’arrivée des joueurs du célèbre club de football anglais de Manchester United, qui devaient séjourner au Ritz Carlton avant une rencontre prévue lundi soir contre une sélection de joueurs indonésiens. Elles surviennent aussi une semaine après la tenue de l’élection présidentielle qui a vu, selon des résultats encore partiels, la réélection du président Susilo Bambang Yudhoyono.

Le recours au terrorisme est extrêmement impopulaire dans le plus grand pays musulman du monde, où une majorité des 235 millions d’habitants pratique un islam modéré.