Migrations

Comment les attentats ont bousculé la politique d’accueil d’Angela Merkel

La chancelière allemande a réaffirmé sa confiance dans les capacités d’accueil de son pays ce matin dans une conférence de presse très attendue. Pourtant, sa politique est de plus en plus contestée, après une série d’attaques qui ont changé la donne

La chancelière allemande, Angela Merkel, a «fermement» rejeté ce jeudi les appels à remettre en cause l’accueil des migrants dans son pays, lors d’une conférence de presse donnée à Berlin très attendue.

Les djihadistes «veulent remettre en cause notre disposition à accueillir des gens en détresse. Nous nous y opposons fermement», a lancé la dirigeante conservatrice. «Nous allons y arriver» a-t-elle réaffirmé, comme à l’été 2015 quand l’Allemagne a ouvert ses portes à des centaines de milliers de réfugiés fuyant la guerre ou la misère. Les réfugiés sont «une chance» pour l’Allemagne, disait-elle encore dans son discours du Nouvel An, peu après les attaques sur des femmes à la gare de Cologne.

Seulement voilà. Le 24 juillet 2016, le pays a connu son premier attentat suicide islamiste. Une attaque perpétrée par un Syrien, à Ansbach, en Bavière. Le pays fait face à une série d’attaques dans lesquelles plusieurs demandeurs d’asile sont impliqués. Et ce matin, Angela Merkel a évoqué une «épreuve historique». Retour en cinq étapes sur un formidable élan de solidarité, et ce qu’il en reste.

Etape 1: Des réfugiés accueillis les bras ouverts

Une haie d’honneur et une salve d’applaudissements en gare de Munich, principale porte d’entrée en Allemagne. A l’automne 2015, un élan de solidarité se met en place dans le pays pour accueillir des milliers de réfugiés. Le symbole d’une politique d’accueil défendue par la chancelière, Angela Merkel.

1,3 million de migrants arrivent en Allemagne entre 2015 et début 2016, une ouverture inédite en Europe. Le pays accueille notamment de très nombreux réfugiés syriens. Plus de 90% d’entre eux obtiennent l’autorisation de rester et jusqu’à récemment, ils n’avaient pas à passer d’entretien avec l’administration.

Pour faire face à cet afflux, les communes mettent à disposition tous leurs logements disponibles, jusqu’aux gymnases et aux halls d’exposition. Des milliers de bénévoles se mobilisent également dans les centres d’accueil.

Etape 2: L’Allemagne débordée par le succès de sa politique

Mais très vite, les infrastructures arrivent au bout de leurs capacités. «Nous voulons aider. Nous avons un grand cœur. Il y a toutefois une limite à ce que nous pouvons faire. Notre capacité d’accueil est limitée, même si nous ignorons encore où se situe cette limite», affirme le président, Joachim Gauck, en septembre 2015. La ville de Munich assure de son côté arriver «à l’extrême limite» de ses capacités d’accueil.

Dans le même temps, le regard sur les réfugiés se durcit. Selon un sondage réalisé en mars par l’IFOP, 47% des Allemands pensent que «[leur] pays compte déjà beaucoup d’étrangers ou de personnes d’origine étrangère et [qu’]accueillir des immigrés supplémentaires n’est pas possible».

Etape 3: Un climat de plus en plus délétère

L’Allemagne connaît une première alerte avec la vague d’agression de femmes le soir du Nouvel An à Cologne, imputée à des migrants. Le parti populiste et xénophobe AfD (Alternative pour l’Allemagne) dénonce alors la politique d’ouverture d’Angela Merkel. Forcée de réagir, la chancelière promet une réponse ferme contre les auteurs de ces «actes criminels répugnants» et un renforcement de la politique de reconduite à la frontière pour les étrangers auteurs de délits.

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Les actes violents contre les étrangers sont en progression dans le pays. La crise des réfugiés agit «comme un accélérateur», estime le ministre de l’Intérieur, Thomas de Maizière, en mai 2016. En 2015, l’Allemagne enregistrait près d’un millier de délits contre les foyers de réfugiés, soit une hausse de 427% en un an. Des agressions attribuées à l’extrême droite.

Selon les autorités locales, l’auteur de la fusillade de Munich vendredi dernier avait des idées d’extrême droite racistes. Ce jeune Germano-Iranien de 18 ans, obsédé par les tueries de masse, tue le 22 juillet neuf personnes avant de se donner la mort. Les autorités rejettent dans un premier temps l’idée qu’il ait agi pour des motifs racistes. Les neuf victimes sont étrangères ou d’origine étrangère. Depuis, l’enquête a permis de trouver des éléments attestant des vues d’extrême droite du jeune homme, qui se considérait comme «aryen».

Etape 4: Des attaques qui se multiplient et ébranlent le gouvernement

C’est le pire des scénarios pour Angela Merkel. L’Allemagne subit une série d’actes de violence en moins d’une semaine, dont certains commis par des demandeurs d’asile. Le 24 juillet, un attentat suicide revendiqué par le groupe Etat islamique fait 15 blessés et tue son auteur à Ansbach, une cité tranquille de Bavière. L’auteur s’avère être un Syrien de 27 ans débouté de sa demande d’asile et souffrant de troubles psychiatriques.

Cet attentat intervient moins de huit jours après une attaque à la hache dans un train, commise cette fois-ci par un demandeur d’asile mineur, ayant fait allégeance au groupe djihadiste. Un autre réfugié syrien est à l’origine d’une attaque au couteau; mais l’affaire se révèle être un crime passionnel.

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Une «succession inquiétante d’actes de violence», déplore le ministre de l’Intérieur allemand, Thomas de Maizière. La politique d’accueil du gouvernement allemand subit un sérieux revers. La chancelière, Angela Merkel, n’a jamais été autant sous pression, en particulier dans son propre camp. «Les événements de ces derniers jours montrent que l’entrée et l’intégration d’un grand nombre de réfugiés et de migrants provoquent de nombreux problèmes», reconnaît Sahra Wagenknecht, vice-présidente du parti d’extrême gauche Die Linke.

Etape 5: La grande inconnue turque

L’Union européenne a conclu en mars un accord de réadmission avec la Turquie pour faire face à la crise des migrants. Angela Merkel avait pris les devants dans les négociations. En avril, elle avait d’ailleurs visité un camp de réfugiés en Turquie pour consolider le plan qu’Ankara menaçait de ne plus respecter.

Les relations entre Ankara et Bruxelles n’ont depuis cessé de se dégrader. Les purges qui suivent le coup d’Etat manqué du 15 juillet suscitent de vives critiques européennes. Le ministre turc des Affaires européennes assure que l’accord sur les migrants se poursuit sans accroc. «Nous allons continuer à mettre tranquillement en œuvre l’accord», affirme Ömer Celik. Le plan semble toutefois fragilisé, voire compromis. Un éventuel échec serait un nouveau coup dur pour Angela Merkel.

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