Grèce

Aube dorée répond aux peurs des Grecs

Le parti néonazi grec continue de séduire un électorat déçu par la classe politique traditionnelle. Il se distingue aussi par des actions concrètes sur le terrain

En Grèce, les agressions à l’encontre des migrants illégaux sont largement attribuées aux gros bras d’Aube dorée. Pour dénoncer le racisme ambiant, des milliers de personnes ont manifesté samedi 19 janvier à Athènes.

Mais malgré ces protestations, le parti néonazi s’affirme. Entré au parlement en juin dernier avec 7% des voix, il est désormais accrédité à 13% d’intentions de vote, devenant la troisième force politique du pays. Un succès que l’on ne peut séparer d’un discours xénophobe et de méthodes musclées. C’est à Agios Panteleimonos, un quartier d’Athènes connu par accueillir un grand nombre d’étrangers, qu’Aube dorée s’est d’abord imposé, entreprenant de «nettoyer» l’endroit par la violence. «Avant que les membres du parti viennent s’en prendre aux immigrés pour assurer notre sécurité, personne ne sortait après 17 heures. On tremblait de peur», avouent Pavlos et Vaguélia.

Dans un pays devenu la passoire de l’immigration irrégulière de l’Union européenne, dûment touché par la crise et où le chômage culmine à 26%, l’étranger est tenu responsable des maux de la société, et l’Etat accusé de ne pas jouer son rôle. Yiannis tient un kiosque dans le district depuis six ans. Selon lui, «la Grèce se passerait bien d’Aube dorée» si la police était plus efficace. «Je l’ai appelée plusieurs fois car des immigrés volaient ma marchandise. Elle n’est jamais venue. Aube dorée comble donc le vide de l’Etat à sa manière.»

Actions coup de poing

Entre chasses à l’homme, attaques de marchands ambulants et meurtres d’étrangers, le parti a fait de ces actions coup de poing sa signature. «Il ne suffit pas de blâmer le succès d’Aube dorée, il faut essayer de comprendre, tempère Georges Contogeorgis, professeur de sciences politiques à Athènes. En agissant sur le terrain, le parti répond aux inquiétudes de la société que les autres politiques ignorent, enfermés derrière leurs privilèges.»

Si Aube dorée souffre de son image, les membres du parti s’en nourrissent pour inverser la tendance. A Thessalonique, deuxième ville du pays, Artémios Mathéopoulos nous reçoit dans son bureau situé au 5e étage d’un immeuble en friche. L’homme, ancien batteur dans un groupe baptisé Pogrom, siège aujourd’hui au parlement et se joue des critiques dont son parti fait l’objet. «Nous n’avons pas peur de parler des problèmes et de proposer des solutions concrètes pour aider notre pays. Les politiques et les médias nous accusent d’être violents et déforment la réalité car ils ne savent pas à qui s’en prendre. Mais les sondages montrent que cela ne prend pas.» Justement, concernant le succès grandissant d’Aube dorée, le député a la réponse. «Contrairement aux politiques mises en place depuis toujours, nous ne volons pas le peuple et ne mentons pas. Nous sommes la solution et pas le problème d’une Grèce devenue dépendante.»

Chez les sympathisants présents, c’est bien l’idée d’un parti neuf en qui l’on veut croire qui domine. «Pendant quarante ans, j’ai voté à gauche, mais rien n’a changé. En juin, j’ai donné ma voix à Aube dorée, pour voir ce dont ils sont capables. Ce parti est le seul à vouloir nous rendre notre dignité et à aimer la Grèce. Ils font des choses pour nous», témoigne Nikos.

Face à une politique de rigueur étouffante, Aube dorée a, une fois de plus, décidé d’agir sur le terrain. En véritable ONG, le parti ouvre les portes de ses locaux installés partout en Grèce. Après avoir prouvé sa nationalité, chacun peut venir y chercher des sacs remplis de nourriture et de vêtements. Si Artémios Mathéopoulos assure que le parti a toujours agi dans ce sens, la récente entrée de ce dernier au parlement a permis une meilleure organisation. «Chaque ­député d’Aube dorée donne 3000 euros de son salaire pour que nous puissions aider davantage les Grecs.» Après la mise en place d’une banque de sang, le parti a récemment créé un pôle emploi pour aider les chômeurs. «On connaît les gens qui viennent dans nos locaux et, si je sais que parmi eux il y a un électricien, je ferai appel à lui et non à un inconnu», explique le député.

Le parti retombera

Avec ces actions sociales et un discours populiste et critique à l’égard de l’ordre établi, Aube dorée rassemble les déçus et les contestataires d’une société mise à mal. Selon Dimitris Kristopoulos, spécialiste de l’extrême droite, cette formation créée en 1980 «a su profiter de la crise économique, politique et sociale que traverse le pays pour sortir de l’ombre. Lorsque la Grèce ira mieux, Aube dorée n’aura plus sa place.»

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