Difficile de savoir si c’est sa persanité qui le rend imperméable au printemps arabe. Mais en Iran, c’est une saison qui a de la peine à venir. Après les événements de Tunis et du Caire, plusieurs manifestations de l’opposition ont essaimé dans les villes iraniennes, mais ont vite été réprimées. Ministre des Affaires étrangères iranien, Ali Akbar Salehi est venu à Genève pour s’exprimer devant le Conseil des droits de l’homme. A quelques pas de l’hôtel Intercontinental, à la Mission de la République islamique auprès de l’ONU, Ali Akbar Salehi reçoit Le Temps avec quelques autres journalistes pour une interview collective.

Le Temps: Le site internet Kaleme annonce que les deux chefs de l’opposition, Mir Hossein Moussavi et Mehdi Karoubi ont été arrêtés et transférés dans une prison. Votre réaction?

Ali Akbar Salehi: Je suis arrivé tard dimanche soir à Genève. Je n’ai pas connaissance des derniers développements. S’ils ont effectivement été arrêtés, ces interpellations doivent reposer sur des faits, sur des violations de l’Etat de droit. Ces deux gentlemen avaient pourtant une vie normale depuis la dernière élection présidentielle en juin 2009. Ils ont perdu, ils devraient l’admettre et se satisfaire de cela. Mais ils n’ont cessé de pousser les gens à protester dans la rue. Ces manifestations étaient toutefois manipulées et absolument pas justifiées. Mais soyons clairs. Ce genre d’incidents n’existe pas qu’en Iran.

– Il existe ailleurs?

– Prenez les Etats-Unis. En 2000, il y a eu une élection présidentielle. Al Gore et George Bush se disputaient sans fin la victoire. C’est finalement une tierce partie (ndlr: la Cour suprême de Floride) qui a tenté de trouver un compromis. Al Gore n’a pas continué sans fin à contester les résultats de l’élection. En Côte d’Ivoire, ce n’est pas différent. Deux présidents se disputent la victoire [ndlr: Laurent Gbagbo et Alassane Ouattara]. Moussavi et Karoubi, qui ont occupé pourtant des hautes responsabilités de premier ministre et de président du parlement, ne veulent toujours pas admettre leur défaite. Depuis la Révolution islamique de 1979, nous avons eu sept présidents. Les perdants ont certes contesté leur échec, mais après un certain temps, ils se sont rangés.

– Vous soutenez le printemps arabe, mais réprimez vos propres manifestants. N’y a-t-il pas une contradiction?

– Il n’y a aucune comparaison entre les événements survenus dans la région (Tunsie, Egypte, Libye) et ce qui se passe en Iran. Chez nous, les manifestations sont toutes manipulées. Là-bas, ce sont des mouvements authentiquement populaires, du peuple. Quant à la Libye, nous condamnons l’usage extrême de la force contre le peuple. Pour ce qui est d’une suspension de la Libye du Conseil des droits de l’homme, nous la soutiendrons si elle se base sur des éléments légaux et non si elle a des visées politiques.

– A Genève, vous avez rencontré la cheffe de la diplomatie européenne Catherine Ashton à propos du nucléaire.

– Nous avons en effet eu des discussions franches, mais très productives. Nous avons réitéré notre volonté de négocier avec les six puissances négociatrices (P5 + 1). Cela devrait faciliter la tenue d’un nouveau sommet sur le nucléaire iranien.

En début d’année, une délégation suisse est venue à Téhéran. Elle a critiqué les exécutions capitales pratiquées par l’Iran, notamment sur des mineurs.

Nous avons eu de vives discussions ici à Genève avec plusieurs ministres des Affaires étrangères sur la peine capitale et la lapidation. L’Iran n’est pas le seul pays à l’appliquer. Les Etats-Unis aussi la pratiquent. Quant à l’Union européenne, elle l’a abolie. Je respecte cette décision. Pour ce qui est de l’Iran, c’est la loi qui impose la peine capitale. Mais dans de nombreux cas, si la famille de la victime d’un meurtre pardonne, la peine de mort est levée. Si elle ne pardonne pas, nous n’avons pas le choix, la loi impose qu’on l’applique. Quant à la lapidation, certains juges la décident, mais ne l’exécute pas. D’autres juges préfèrent d’autres modes d’exécution.