Audrey Pulvar est un mystère. Prenez le temps de consulter quelques coupures de presse sur cette journaliste martiniquaise qui fut, dans les années 1990, l’une des premières présentatrices issues de la diversité à la télévision française, et les appréciations positives pleuvent. Talentueuse. Spontanée. Habile, sur le plateau comme dans les coulisses de cet impitoyable monde médiatique hexagonal. Séduisante. Intelligente. N’en jetez plus.

A lire aussi: A Paris, la gauche déchirée par Audrey Pulvar

Lorsqu’elle cesse, en 2017, de fréquenter l’information et les caméras pour prendre la présidence de la Fondation Nicolas Hulot sur la nature et l’homme – son fondateur devient alors ministre de la Transition écologique – Audrey Pulvar est perçue par beaucoup d’observateurs comme un espoir sérieux de la politique, version gauche écolo. «Elle avait le profil et le potentiel, juge un ancien conseiller de Daniel Cohn-Bendit, l’ex-eurodéputé dont l’ombre tutélaire plane encore sur les Verts français. Audrey, c’est le cadeau qui vous comble tant qu’il est emballé. Jusqu’au moment où vous l’ouvrez…»

Déconcertante

La réflexion est méchante. Mais malheureusement révélatrice. En deux ans de politique à plein temps, depuis son engagement dans la campagne des municipales à Paris aux côtés de la maire socialiste réélue Anne Hidalgo – dont elle est toujours adjointe, chargée de l’alimentation durable, de l’agriculture et des circuits courts – l’ex-journaliste a déconcerté tous ceux, ou presque, qui la voyaient transformer cet essai municipal.

On résume: ce dimanche 20 juin, les 12 millions d’électeurs d’Ile-de-France, la région qui englobe Paris, trouveront à côté des urnes un bulletin flanqué du visage reconnaissable de l’ex-journaliste, numéro un de la liste «Ile-de-France en commun», dont la proposition la plus saillante est d’instituer la gratuité des transports publics.

Puis viendra l’heure de vérité du second tour, une semaine plus tard, à condition de dépasser les 10% des voix. Ce que les derniers sondages ne garantissent pas: depuis un mois environ, toutes les enquêtes d’opinion donnent peu ou prou la même fourchette: environ 30% pour la liste de droite de la présidente sortante Valérie Pécresse (qui lorgne vers l’Elysée), 20% pour le Rassemblement national emmené par Jordan Bardella, et 15% chacun pour la liste pro-Macron et celle d’Europe-Ecologie-Les Verts. L’effet Pulvar apparaît dissipé.

A lire aussi: Anne Hidalgo, piste cyclable vers l’Elysée

La raison de cette campagne électorale décevante? Une contradiction dans les termes. Journaliste, Audrey Pulvar savait pratiquer le consensus piquant. «Sa langue très riche, très «pédago». Son caractère volontaire côtoyait une capacité à ne jamais fâcher», jugeait récemment dans L’Obs le sénateur socialiste David Assouline.

Or cet avantage tactique a fondu sur le bitume des marchés et des stations de métro, lors des distributions de tracts. Plusieurs fois, l’intéressée est apparue désarçonnée, bien moins à l’aise pour gérer les saillies verbales de ses concitoyens que les propos préparés à l’avance des invités de ses journaux télévisés. Puis les polémiques se sont mises à polluer le climat, dans cette région très disparate qu’est l’Ile-de-France, où les campagnes fertiles et riches de la Beauce et les communes huppées côtoient les banlieues les plus rudes du pays.

Polémique sur son père, syndicaliste antillais décédé en 2008, accusé d’actes pédophiles. Polémique sur ses «ménages» des années 2017-2020: ces conférences ou animations grassement payées pour le compte de grands groupes comme Orange, Axa ou L’Oréal. Polémique sur son présumé racisme anti-blanc, né d’une déclaration à BFMTV sur l’éventuelle participation de Blancs à des réunions «racisées»: «Si vient à cet atelier une femme blanche ou un homme blanc, etc., j’aurais tendance à dire qu’il n’est pas question de le jeter dehors. En revanche, on peut lui demander de se taire», explique-t-elle.

Tollé. La voici victime collatérale de la cancel culture, cette culture d’annulation dont elle peine à se distancier alors qu’elle doit parler à tous: «Les propos d’Audrey Pulvar sont une nouvelle preuve du racisme de la gauche dite antiraciste», lâche dans Le Figaro l’avocat Gilles-William Goldnadel.

La sincérité pour elle

Audrey Pulvar a la sincérité pour elle. «Elle affronte ces polémiques avec courage. Elle pense que la politique est une affaire d’explications», juge une de ses anciennes collègues à la chaîne francophone TV5Monde. A preuve: elle sera présente «de toute façon» au Festival international de journalisme de Couthures-sur-Garonne, organisé par Le Monde et dont Le Temps est partenaire, du 9 au 11 juillet.

«Audrey a du dynamisme et des convictions», confirmait, lors des européennes 2019, le philosophe franco-suisse Dominique Bourg. Sauf que l’ancienne compagne d’Arnaud Montebourg, un temps familière des pages people des magazines, n’a pas vu venir le rouleau compresseur des contraintes électorales, prise en étau entre sa patronne, Anne Hidalgo (elle aussi occupée par son éventuelle candidature présidentielle), les lobbys de la diversité, et l’écroulement moral et logistique du Parti socialiste, devenu incapable de la défendre.

Dur retournement: à son départ des plateaux TV, tout le monde l’avait courtisée. Les Verts. Les socialistes. Même la gauche radicale mélenchoniste, représentée en 2021 dans la région par Clémentine Autain. C’est maintenant aux urnes de parler. Une cinglante défaite, à trois ans des Jeux olympiques 2024 qui mettront l’Ile-de-France au centre du monde, aurait presque valeur de renvoi politique. Nicolas Hulot a repris en 2020 la tête de sa fondation. Anne Hidalgo a failli la répudier. Une sorte d’annulation.


Profil

1972 Naissance en Martinique.

1994 Diplôme de journalisme à Paris.

1999 Présentation des journaux TV sur LCI puis TV5Monde, puis France 3.

2011 Chroniqueuse pour Laurent Ruquier dans «On n’est pas couché».

2020 Adjointe de la maire PS de Paris, Anne Hidalgo.

2021 Tête de liste PS aux régionales en Ile-de-France.


Retrouvez tous les portraits du «Temps».