La Birmanie a continué d’ignorer vendredi les appels de la communauté internationale pour la libération de l’opposante Aung San Suu Kyi, en confirmant sa condamnation à 18 mois d’assignation à résidence alors que se profilent les premières élections dans le pays depuis 20 ans. La cour suprême a rejeté le recours de ses avocats, qui soulevaient notamment des arguments constitutionnels et peuvent encore poursuivre la procédure avec un appel au président de la plus haute institution judiciaire.

«Nous ignorons pourquoi le recours a été rejeté», a commenté Nyan Win, un des conseils de l’opposante et porte-parole de son parti, la Ligue nationale pour la démocratie (LND). Potentiellement, la procédure peut encore durer plusieurs mois.

La lauréate du prix Nobel de la paix, 64 ans, avait été condamnée en août 2009 à trois ans de réclusion et de travaux forcés pour avoir brièvement hébergé un Américain qui avait réussi à nager jusqu’à son domicile, situé sur les rives d’un lac. La sanction avait été immédiatement commuée en une prolongation de la résidence surveillée à laquelle elle est astreinte sans discontinuer depuis 2003. Une cour d’appel a confirmé la sentence en octobre.

Pas d’ouverture

Cette nouvelle décision ne manquera pas de susciter une vague de protestations de la communauté internationale, qui demande des gages d’ouverture avant les élections promises dans les prochains mois et réclame la libération de Mme Suu Kyi, privée de liberté pendant plus de 14 des 20 dernières années. «Ce n’est pas une surprise», a reconnu l’ambassadeur de France à Rangoun, Jean-Pierre Lafosse, présent à la cour. «Elle devrait être libérée immédiatement, c’est l’une des conditions pour une véritable réconciliation nationale».

Deux femmes qui vivent avec la dissidente ont elles aussi vu leur condamnation confirmée vendredi.

Le verdict est d’autant moins surprenant que le ministre de l’Intérieur Maung Oo avait récemment fait état d’une possible libération de l’opposante en novembre, soit au terme de sa peine actuelle. Il confirme en tout cas que le généralissime Than Shwe, homme fort de la junte, n’a pas voulu prendre le risque de libérer quelques mois avant les élections une militante qu’il sait infatigable et indomptable.

«Than Shwe avait déjà décidé du verdict et aucun juge n’aura le courage de le modifier», a regretté Aung Din, directeur exécutif de l’organisation US Campaign for Burma, basée aux Etats-Unis. «Le système judiciaire en Birmanie n’est qu’un élément du mécanisme d’oppression du régime».

Des signaux confus

La junte multiplie les signes contradictoires depuis six mois. En dépit de sa condamnation, Mme Suu Kyi a repris un début d’activité politique en s’entretenant avec l’officier de liaison de la junte et des diplomates étrangers, et en obtenant l’autorisation de rendre visite aux cadres de la LND.

Simultanément, plusieurs dissidents écopaient de lourdes peines, pendant que le numéro 2 de la LND Tin Oo, arrêté avec Suu Kyi en 2003, était libéré. La semaine dernière, un envoyé spécial de l’ONU en visite en Birmanie n’a pas été autorisé à la voir.

Washington, qui a entamé l’an passé un dialogue politique avec les militaires après plus de dix ans de silence, a plusieurs fois déploré l’absence de résultat de sa politique d’ouverture.

Mme Suu Kyi a pour l’instant refusé de se prononcer sur la participation ou non de sa formation aux élections, dont les dates sont inconnues, et que la communauté internationale craint qu’elles ne soient qu’un simulacre visant à légitimer le maintien des militaires au pouvoir.