Davantage de clarté du côté des fabricants de vaccins, voilà ce qu’ont obtenu hier les autorités fédérales et régionales allemandes. Dix laboratoires pharmaceutiques, tels que BioNTech, AstraZeneca, Moderna, Johnson&Johnson et Curevac, ainsi que les représentants de la branche pharmaceutique et de la Commission européenne, ont participé à un sommet exceptionnel, en digital, autour de la chancelière Angela Merkel et des dirigeants des seize Bundesländer.

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Les lenteurs de la vaccination dans le pays suscitent en effet le débat alors que 1,9 million de personnes ont reçu une première dose de vaccin et seulement 532 000 les deux nécessaires. Cela correspond à 2,8% de la population allemande, contre 5% au Danemark – meilleur élève de l’UE –, 3% en Suisse, mais bien loin des 13,9% en Grande-Bretagne et des 54,7% en Israël.

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L’Etat fédéral sur la sellette

Ces lenteurs contrastent avec la bonne préparation de l’Allemagne à cette vaste campagne de vaccination. Au top départ, le 27 décembre, le pays comptait plus de 400 vaccinodromes à travers le territoire. Le hic, c’est que très vite les doses de vaccin ont manqué. Aujourd’hui encore, les régions, en charge de la vaccination, reprochent à l’Etat fédéral, responsable de l’achat et de la distribution des vaccins, de s’en être remis à la Commission européenne en matière de commande des vaccins. Conséquence, sans vaccin, difficile pour les Bundesländer de donner des rendez-vous aux patients. Sans parler de leurs propres problèmes de gestion. Les témoignages d’Allemands ne parvenant pas à obtenir un rendez-vous par téléphone sont légion.

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Le ministre fédéral de la Santé, Jens Spahn, lui, ne regrette rien à ces choix politiques. Il rappelle les efforts réalisés notamment pour permettre au fabricant BioNTech d’ouvrir une deuxième usine en Europe, dans la Hesse, à une vitesse grand V. La production y commencera ce mois-ci. Les autorités fédérales pointent toutefois la responsabilité des fabricants et ne cachaient pas leur frustration après que BioNTech, Moderna et AstraZeneca ont revu à la baisse, en janvier, leurs livraisons pour l’Union européenne.

«La clarté a été faite»

Dans ce contexte de frustration généralisée, les fabricants ont donc été sommés hier de donner des informations sur l’état de leur production et des garanties sur leurs livraisons à court et moyen terme. Selon Angela Merkel, «la clarté a été faite» sur ce point. L’Allemagne pourra proposer à tous ses citoyens (en dehors des enfants) un vaccin d’ici la fin de l’été. Et cela, que les vaccins développés par Curevac et Johnson& Johnson soient autorisés ou non.

De fait, Berlin et Bruxelles ont obtenu la confirmation de recevoir les doses escomptées de la part de BioNTech pour le premier trimestre. Le fabricant allemand et son partenaire Pfizer pourront aussi livrer 75 millions de vaccins supplémentaires au deuxième trimestre. Le laboratoire suédo-britannique AstraZeneca a lui aussi confirmé pouvoir livrer 40 millions de doses à l’UE au premier trimestre, soit 9 millions de plus qu’annoncé ces derniers jours. Loin toutefois des 80 millions initialement prévues. Autre bonne nouvelle, le laboratoire allemand Curevac a annoncé s’associer avec le géant Bayer pour accélérer sa production d’ici la fin de l’année.

Le rôle de l’Etat allemand dans la production de vaccins a lui aussi été posé, notamment par le ministre président de Bavière. Markus Söder appelait hier à davantage d’action en la matière. Cette proposition suscite toutefois des réticences du secteur pharmaceutique, qui rappelle que, même avec plus d’argent, «la production de vaccins reste très complexe».