Les autorités chinoises déploient quatre blindés à Hongkong

Asie L’apparition exceptionnelle de militaires dans les rues de l’ancienne colonie britannique jette l’émoi dans la population

L’émotion est vive à Hongkong. Quatre blindés chinois (des véhicules de transport de troupes munis de canons) ont été aperçus vendredi peu avant le lever du jour sur de grandes artères du quartier de Kowloon. L’armée de terre et la marine chinoises ont des bases sur le territoire depuis son rattachement à la République populaire en 1997. Mais leurs troupes restent en principe d’une parfaite discrétion. Cette apparition subite d’armes et d’uniformes a dès lors été interprétée comme un geste politique fort de Pékin: un avertissement à tous ceux qui contestent actuellement l’ordre établi.

L’ancienne colonie britannique de Hongkong a réintégré la Chine il y a bientôt vingt ans sous la formule «un pays, deux systèmes». Elle est ainsi soumise à l’autorité de Pékin mais n’est pas astreinte aux mêmes règles économiques et politiques que le reste du territoire national. Ses habitants jouissent notamment d’une liberté de parole et de manifestation inconnue sur le continent. Nombre d’entre eux se plaignent cependant d’une érosion de leurs droits.

L’affrontement s’est focalisé ces derniers mois sur le mode de désignation du chef de l’exécutif local lors du prochain renouvellement de sa charge, en 2017. Alors que le poste a été jusqu’ici attribué par une assemblée largement acquise à Pékin, un certain nombre de citoyens demandent qu’il le soit désormais au suffrage universel. Un principe que les autorités chinoises ont accepté… à condition de pouvoir choisir elles-mêmes les candidats.

Devant la montée de la contestation, le gouvernement de Pékin a lancé un rappel à l’ordre. Il a publié en juin un Livre blanc où il donne son interprétation de la formule «un pays, deux systèmes». «Le haut degré d’autonomie dont bénéficie la région administrative spéciale de Hongkong n’est pas un pouvoir en soi mais un pouvoir délégué par la direction centrale», indique le document. Avant de souligner lourdement qu’il est «nécessaire de rester vigilant face aux tentatives de forces extérieures d’utiliser Hongkong pour interférer dans les affaires intérieures de la Chine».

Une volonté d’effrayer

Les associations pro-démocratiques ne se sont pas laissé impressionner par cette mise au point. Elles ont organisé fin juin un référendum officieux sur l’instauration du suffrage universel direct, un scrutin qui a attiré 800 000 votants pour une population de 7,2 millions d’habitants. Pékin a condamné sans surprise l’initiative, en la traitant d’illégale et d’antipatriotique. Depuis, les deux camps se sont défiés à plusieurs reprises en mobilisant leurs sympathisants dans la rue.

Le mouvement pro-démocratique Occupy Central a menacé de paralyser le quartier des affaires de Hongkong ce dimanche. Soit un jour de réunion du Comité permanent de l’Assemblée nationale populaire, le parlement chinois chargé d’étudier la question. Une provocation. «La Chine ne veut pas rogner l’autonomie de Hong­kong mais les groupes d’opposition au gouvernement central devraient renoncer à l’illusion que Hongkong jouit de la plaine autonomie», a menacé vendredi l’agence officielle Chine nouvelle.

La tension n’a plus été aussi élevée depuis longtemps. La sortie des blindés «est une démonstration de force de l’armée pour faire peur aux Hongkongais qui s’apprêtent à mener des actions de désobéissance civile à grande échelle», a dénoncé la parlementaire pro-démocratique Claudio Mo. D’autant que les quatre chars en rappellent forcément d’autres: ceux que l’armée chinoise a mobilisés à Pékin il y a vingt-cinq ans, le 4 juin 1989, pour écraser le mouvement de protestation de Tiananmen.