Un visage flou. Un chapeau vissé sur la tête. Qui est l’individu dont la photo, tirée d’une vidéo de surveillance de l’aéroport de Bruxelles-Zaventem, figure sur l’avis de recherche diffusé mardi après-midi par la police belge? Rien, pour l’heure ne permet d’associer cette image aux portraits existants des deux principaux complices de Salah Abdeslam encore en fuite. Le premier, Mohamed Abrini, 30 ans, porte sur l’avis de recherche émis par les policiers français une fine barbe et un visage un peu joufflu différent de cette silhouette, dont il n’est pas confirmé qu’elle soit celle de l’auteur de l’attentat qui a coûté la vie à 14 personnes. Le second, Najim Lachraoui, 24 ans, pourrait davantage correspondre. Son visage fin, cerné d’un collier de barbe, pourrait être celui de l’homme vêtu d’une veste claire et coiffé d’un bob. Najim Lachraoui, arrivé illégalement en Belgique via la Hongrie où Salah Abdeslam était semble-t-il parti le chercher durant l’été 2015, circulait avec des faux papiers au nom de Sofiane Kayal, dont un passeport retrouvé dans l’appartement perquisitionné le 15 mars à Forest, d’où deux hommes – dont probablement Abdeslam – avaient réussi à s’échapper par les toits.

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A l’heure d’écrire ces lignes, rien ne dit que les pires attentats de l’histoire de la Belgique ont été commis par ces hommes, peut-être aidés de complices hébergés ces dernières semaines par le fameux réseau de Molenbeek, cette commune bruxelloise qui vit grandir Abdelhamid Abaaoud (tué lors de l’assaut policier à Saint-Denis le 18 novembre 2015), Brahim Abdeslam (qui s’est fait sauter le 13 novembre à Paris à la terrasse du café Comptoir Voltaire), Mohamed Abrini et Salah Abdeslam. Difficile, néanmoins, de ne pas faire le lien, d’autant que Mohamed Abrini est soupçonné d’avoir été l’artificier des commandos descendus le 13 novembre de Bruxelles pour semer la terreur dans Paris.

Ami proche de Salah Abdeslam, celui-ci avait été vu en sa compagnie le 11 novembre, lors d’un arrêt dans une station d’essence de la Clio noire utilisée ensuite pour déposer les kamikazes du stade de France. Les policiers français avaient très vite constaté que les ceintures d’explosifs utilisées à Paris, dont l’une fut retrouvée dans une poubelle à Montrouge au sud de la capitale française – sans doute déposée par Abdeslam – étaient toutes de même facture, et de composition identique: de l’explosif TATP (ou peroxyde d’acétone) fabriqué à l’aide d’eau oxygénée (Salah Abdeslam en avait acheté 15 litres) et des boulons pour infliger le maximum de dommages lors de leur activation. On sait que le Molenbeekois Mohamed Abrini, ex-gérant d’un salon de coiffure, avait été fiché par les policiers belges comme «revenant de Syrie» en 2015, même si la réalité de son voyage dans les fiefs de l’Etat islamique n’est pas avérée.

Impossible, également, de ne pas lier, côté calendrier et géographie, ces deux attentats Bruxellois à la «galaxie Molenbeek», dont faisaient partie la plupart des onze personnes mises en examen depuis novembre en Belgique, y compris les deux «sauveteurs» d’Abdeslam venus le récupérer à Paris: Hamza Attou et Mohamed Amri. La station de métro Maalbek, située à proximité de la Commission européenne et non loin des deux représentations diplomatiques suisses, se trouve sur la ligne qui dessert cette commune de Bruxelles à forte population musulmane. On sait aussi que Salah Abdeslam a, durant ses quatre mois de cavale, été hébergé et protégé par un réseau de proches comme Abid Aberkan, arrêté avec lui vendredi dans un appartement appartenant à sa mère. Lequel avait, la veille, avait assisté aux funérailles de son frère Brahim.

Peu médiatisé, l’accueil de la police par des slogans hostiles et des jets de bouteilles aux abords de la rue des quatre vents où l’interpellation a eu lieu, avait aussi, s’il en était besoin, démontré l’hostilité d’une partie de cette communauté envers les forces de l’ordre, et la solidarité dévoyée dont bénéficient les islamistes radicalisés qui ont versé dans la lutte armée. «Salah Abdeslam vivant et détenu, le risque de représailles est réel», prédisaient depuis de nombreux experts. La réponse n’a pas tardé à venir…