Europe

En Autriche, le parti d’extrême droite accusé d’antisémitisme

Le FPÖ, désormais au gouvernement, est accusé d’antisémitisme, après plusieurs scandales qui mettent en cause certains membres du parti. La communauté juive a boycotté une cérémonie de commémoration de l’Holocauste la semaine dernière, à laquelle participait le FPÖ

Udo Landbauer. Le nom s’étale partout dans la presse autrichienne depuis plusieurs jours. A 31 ans, ce jeune membre du FPÖ, le parti d’extrême droite désormais au gouvernement, était en tête de liste dimanche dernier pour les élections provinciales en Basse-Autriche. Ce n’est pas son score – autour de 15% – qui a retenu l’attention, mais sa candidature même. Car Udo Landbauer est au cœur d’un scandale révélé par le journal Falter. L’hebdomadaire a exhumé un recueil de chants louant le nazisme, recueil qui appartient à la corporation pangermaniste Germania, dont Udo Landbauer a dirigé une section locale. Il a, depuis le scandale, annoncé qu’il se mettait «en retrait» de cette corporation, tout en affirmant qu’il ne connaissait pas ce livret de chants. Le parquet a ouvert une enquête.

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Dans ce recueil, on chante par exemple «Mettez les gaz, vieux Germains, on peut arriver au septième million», une allusion aux 6 millions de juifs exterminés pendant la Seconde Guerre mondiale. Le président autrichien Alexander Van der Bellen a lui-même demandé le retrait de la candidature d'Udo Landbauer. Sans succès, car le jeune élu a pu compter sur le soutien du vice-chancelier, le chef du FPÖ, Heinz-Christian Strache, et du ministre de l’Intérieur, également membre du parti, Herbert Kickl. Ce dernier est lui aussi très critiqué pour avoir récemment proposé de cantonner les demandeurs d’asile de façon «concentrée» dans des centres, une expression interprétée comme une référence aux camps de concentration nazis, ce dont il s’est défendu.

Boycott de la communauté juive

Les représentants de la communauté juive ont ainsi boycotté jeudi dernier la commémoration de l’Holocauste organisée au parlement, pour ne pas croiser les ministres du FPÖ. Un parti dont les liens avec l’antisémitisme ne sont plus à prouver selon Bini Guttmann, coprésident de l’Union des étudiants juifs d’Autriche: «Le FPÖ a une longue histoire antisémite derrière lui. C’est un parti fondé par d’anciens nazis et encore aujourd’hui on voit leurs nombreux dérapages antisémites. Le nouveau chancelier, Sebastian Kurz, avait exigé de son gouvernement un engagement contre l’antisémitisme, mais il s’est allié au FPÖ, alors comment peut-on le croire?»

Manifestation contre les «Burschenschaften»

Vendredi dernier, le FPÖ organisait son bal annuel à Vienne. A cette occasion, Heinz-Christian Strache a condamné l’antisémitisme devant le gratin de l’extrême droite et des Burschenschaften, des corporations pangermanistes qui sont pourtant régulièrement épinglées pour leurs dérives antisémites. Germania, la corporation au cœur du scandale Landbauer, en est une. De nombreux hommes politiques du FPÖ, dont certains ministres, sont membres de ces corporations. Ce qui révulse Verena, une jeune Viennoise venue, comme 8000 autres personnes, manifester contre ce bal vendredi soir: «Il y a des survivants de l’Holocauste en Autriche, c'est dur pour eux de voir qu’après le drame qu’ils ont connu, des membres de ces corporations antisémites sont au gouvernement ou au parlement, en toute impunité.» Actuellement, plus d’un tiers des députés FPÖ sont membres d’une Burschenschaft.

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