Ce n’était pas l’agitation des grands jours mais pas non plus le calme de ces dernières semaines. A Vienne, comme partout en Autriche, les commerces de moins de 400 m2 ont rouvert leurs portes ce mardi, ainsi que les boutiques de jardinage et de bricolage. L’obligation de porter un masque, jusqu’ici en vigueur uniquement dans les supermarchés, est désormais étendue aux transports publics et à ces petites boutiques. Ces dernières doivent s’assurer que chaque client dispose d’au moins 20 m2: «Ce n’est pas un problème, notre magasin fait 200 m2, il est donc assez grand pour respecter les distances entre notre équipe et les clients», avance Klaus Schmidtschläger, propriétaire d’un magasin de matériel de sécurité dans le XVIe arrondissement viennois. «C’est bien de pouvoir rouvrir, je vois que nos clients sont là mais je crois que le retour à la normale prendra sans doute plusieurs mois.»

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Même discours chez Hermann Gmeiner-Wagner, propriétaire de quatre bijouteries à Vienne. Toutes ont pu rouvrir et il était temps: «Depuis un mois, nous n’avons pas de chiffre d’affaires, pas de profits et nous avons beaucoup de dépenses. En comptant les quatre boutiques, nous nous attendons à une perte de l’ordre de 1 million d’euros pour ces quatre semaines, avance-t-il. La santé est quelque chose de très important, c’est pourquoi nous avons eu un mois de confinement. Mais je crois qu’il est aussi nécessaire que l’économie fonctionne de nouveau pour financer les dépenses de santé – y compris futures.»

Aplatissement de la courbe

Prochaine étape prévue par le gouvernement écolo-conservateur: la réouverture de l’ensemble des magasins début mai (dont les coiffeurs) puis des restaurants et des hôtels à partir du 15 si la situation le permet. Pourquoi cela est-il possible en Autriche? A en croire le chancelier conservateur Sebastian Kurz, c’est parce que le pays a réagi «plus rapidement et de manière plus restrictive que d’autres».

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Depuis le 16 mars, les rassemblements de plus de cinq personnes sont interdits dans la république alpine et les Autrichiens ne peuvent pas quitter leur domicile sinon pour des raisons professionnelles, pour se ravitailler, pour aider les personnes dans le besoin ou tout simplement pour faire un peu d’exercice. Des mesures globalement bien respectées par la population, qui semblent porter leurs fruits: le pays compte ce mardi 14 159 infections et moins de 400 morts mais, surtout, le nombre de nouvelles contaminations est en nette décrue. La progression quotidienne se maintient autour de 2% ces derniers jours alors qu’elle atteignait 40% à la mi-mars. «Nous avons réussi à aplatir la courbe», s’est félicité le ministre écologiste de la Santé, Rudolf Anschober.

«Appuyer sur le frein»

Est-ce trop tôt pour un tel redémarrage? La coalition affiche sa prudence. Les déplacements restent d’ailleurs limités au strict nécessaire jusqu’à la fin du mois d’avril, les écoles fermées au moins jusqu’à la mi-mai, les événements publics interdits jusqu’à juillet. Surtout, le gouvernement l’a répété: si le nombre de nouvelles infections repart à la hausse, il sera possible «d’appuyer sur le frein», c’est-à-dire d’adapter les mesures prévues. Cette première étape du redémarrage fait donc figure de test, ce dont sont conscients les Viennois: «C’est important pour la survie des petites boutiques mais je crois qu’il faut rester prudent, explique une passante. Ce n’est pas parce que depuis quelques jours le nombre d’infections n’augmente plus aussi vite qu’avant que la situation ne peut pas de nouveau s’aggraver.»

Le gouvernement prépare d’ailleurs les Autrichiens à devoir vivre plusieurs mois encore avec le virus: «Tant qu’il n’y aura pas de vaccination ou de médicament efficace, cette maladie nous accompagnera et il n’y aura pas de liberté de voyager telle que nous la connaissions», a insisté Sebastian Kurz, actuellement au plus fort de sa popularité – tout comme son gouvernement, qui fête cette semaine ses 100 jours au pouvoir.

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