Le vrombissement des moteurs, le brouhaha des passants, l’agitation des magasins, une atmosphère sonore que l’Autriche avait oubliée mais qu’elle retrouve peu à peu ces derniers jours. Confiné depuis la mi-mars, le pays a été l’un des premiers en Europe à amorcer son déconfinement. Depuis le 14 avril, les commerces de moins de 400 m2 accueillent de nouveau leurs clients, dans des conditions sanitaires strictes: masque obligatoire – tout comme dans les transports publics et les supermarchés – et distance de précaution entre chaque client et chaque employé. C’est pourquoi le chancelier Sebastian Kurz parle d’une «nouvelle normalité» plutôt que d’un retour à la normale.

«Ce n’est pas le meilleur moyen pour faire des affaires, mais c’est mieux que rien, je suis très content qu’on ait pu rouvrir, même avec ces mesures, car rien n’est pire que des magasins fermés», explique Wolfgang Rick, patron du Morawa Group, qui possède 20 librairies en Autriche, dont une en ligne. Il a déjà pu rouvrir les plus petites et rouvrira ce samedi les plus grandes. Car la deuxième phase du plan autrichien débute le 1er mai: les grands magasins, les centres commerciaux et les coiffeurs sont à leur tour autorisés à rouvrir. Le 1er mai étant férié, l’écrasante majorité rouvrira samedi.

«Le téléphone n’arrête pas de sonner, on n’a quasiment plus de place pour le mois de mai!» se réjouit Bernhard Plasil, qui gère un salon de coiffure dans le Ier arrondissement viennois, fermé depuis le 16 mars. «En six semaines, nos ventes représentent normalement 300 000 euros, c’est donc à peu près ce que nous avons perdu. A cause des mesures de sécurité strictes, nous ne pourrons pas accueillir autant de clients que d’habitude, mais rouvrir est tout de même une bonne nouvelle pour nos finances.»

Un retour à la vie sociale encadré

Au-delà du commerce, nombre d’Autrichiens sont impatients de retrouver un semblant de vie sociale et, sur ce point, ils obtiendront satisfaction avant d’autres pays européens: à partir de ce vendredi, ils pourront en effet de nouveau se déplacer sans restriction et se rassembler chez eux ou dehors par petits groupes de 10 personnes maximum, 30 pour les funérailles. Mais la date que nombre d’entre eux attendent est le 15 mai, lorsque restaurants et cafés pourront de nouveau ouvrir, là encore dans des conditions sanitaires drastiques – quatre adultes maximum par table, 1 mètre de distance entre les tables et masque obligatoire pour le personnel.

Suivront, fin mai, les hôtels, les parcs de loisirs et les très appréciées piscines en plein air. Les grands événements publics, en revanche, restent interdits jusqu’au 31 août, ce qui rend l’avenir du monde de la culture incertain, un secteur qui souffre déjà beaucoup des mesures de confinement.

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Classes alternées

Un point, toutefois, suscite le débat en Autriche: la réouverture des écoles. Elle se fera par niveaux et s’étalera du 4 au 29 mai pour le 1,1 million d’élèves. Afin de respecter les distances de précaution, les classes devraient être divisées en deux groupes: un premier aura cours du lundi au mercredi, un second du jeudi au vendredi. L’emploi du temps s’inversera la semaine suivante. «Il y aura dans chaque groupe 11 à 12 élèves, nous aurions préféré qu’il n’y en ait que cinq ou six, critique Paul Kimberger, représentant d’un des principaux syndicats d’enseignants. Là, nous courons le risque de ne pouvoir réellement respecter les mesures d’hygiène, c’est pourquoi nous craignons que les chiffres d’infections n’augmentent de nouveau.» Le gouvernement répète de son côté que le plan de reprise des cours ne s’appliquera que si le nombre de contaminations ne repart pas à la hausse. Idem pour le plan de déconfinement: l’Autriche enregistre actuellement moins de 100 nouvelles infections par jour, mais avec l’allègement progressif des mesures de confinement, la crainte d’une deuxième vague est bien là. «Les semaines à venir seront une phase décisive, nous sommes encore au milieu de la crise», insiste le ministre de la Santé, qui en appelle à la prudence et au civisme des Autrichiens.