Allemagne

Aux abois, le SPD remet en cause les réformes de Schröder

Traversant une crise existentielle, les sociaux-démocrates relancent le débat autour de la réforme du chômage de longue durée, la plus emblématique des réformes d’inspiration libérale initiées par le chancelier Schröder

Le Parti social-démocrate allemand a un nouveau chantier. Aux abois après deux débâcles électorales en Hesse et en Bavière en octobre, crédité de seulement 15% des intentions de vote dans les sondages, le plus vieux parti allemand traverse une crise existentielle. Convaincue que le déclin a débuté avec les réformes d’inspiration libérale du gouvernement de Gerhard Schröder (1998-2005), la direction du SPD veut revenir sur la plus emblématique de ces réformes, celle de l’indemnisation des chômeurs de longue durée, connue sous le nom de Hartz IV.

La cheffe du parti Andrea Nahles, annonçant une «réforme de l’Etat social» à l’horizon 2025, dit vouloir remplacer Hartz IV par un revenu «citoyen» «clair, simple, et sans sanctions». Le SPD se rapproche sur ce point des Verts, qui viennent d’intégrer le principe d’un revenu de base à leur programme. En interne, les propos d’Andrea Nahles ont relancé un vif débat, à la hauteur du traumatisme qu’avait représenté l’adoption de l’Agenda 2010 pour la social-démocratie allemande.

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Petit retour en arrière. En 2002, l’Allemagne est «l’homme malade de l’Europe». Le pays compte quelque 4 millions de chômeurs, la croissance et les revenus sont en chute. Les faiblesses structurelles de la plus importante économie de la zone menacent l’ensemble de la jeune zone euro. Les sociaux-démocrates et les Verts au pouvoir répondent par la création d’une commission chargée d’élaborer des propositions pour réduire le chômage de moitié. Peter Hartz, membre du SPD, syndicaliste encarté chez IG Metall et directeur du personnel de Volkswagen, est appelé à la présider. Une série de lois d’inspiration libérale réformant le marché du travail – le cœur du dispositif de l’Agenda 2010 – porteront son nom.

Refuser un poste est sanctionné

La plus emblématique est la quatrième de ces mesures, «Hartz IV», qui entre en vigueur début 2005 et concerne les chômeurs à la recherche d’un emploi depuis plus d’un an. Ils ne toucheront plus que le minimum social (416 euros par mois aujourd’hui) au lieu d’une lente réduction des indemnités calculées sur la base de leur dernier salaire, comme c’était le cas jusqu’alors. Les conjoints et les enfants touchent eux aussi une indemnité. Le logement et le chauffage sont pris en charge par la collectivité. La reprise d’un emploi est encouragée; le refus d’un poste sanctionné.

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«La première conséquence de Hartz IV a été une explosion du nombre des bénéficiaires, en comptant conjoints et enfants, à presque 7 millions de personnes! rappelle Peter Kupka, de l’institut IAB, dépendant de l’Office fédéral pour l’emploi. Le chômage n’a commencé à reculer qu’en 2006 pour ensuite stagner, avant de reculer à nouveau à partir de 2011.» De 12% en 2005, le taux de chômage est passé à moins de 4% aujourd’hui.

Pour Angela Merkel – qui succède à un Gerhard Schröder contraint au départ face à l’impopularité de ses réformes – débute une longue phase de prospérité économique. Pour le SPD, c’est le début d’une lente descente aux enfers. Une partie de sa base se tourne vers les néo-communistes de Die Linke, résolument opposés aux réformes de Schröder. Hartz IV est accusé d’aggraver les inégalités sociales, stigmatiserait des familles entières… «Le SPD ne pourra renaître que s’il tourne le dos à Hartz IV», résume le politologue Christoph Butterwegge.

Trois courants au sein du parti

En interne toutefois, la proposition d’Andrea Nahles se heurte à bien des résistances. «Je ne crois pas que les ouvriers trouveraient juste qu’un bénéficiaire de l’aide sociale ne soit pas sanctionné s’il refuse un emploi. On ne peut pas mettre sur le même plan les personnes ayant perdu leur emploi après avoir travaillé toute leur vie et ceux qui n’ont jamais travaillé», souligne l’ancien président du SPD Sigmar Gabriel. A ses yeux, il faudrait certes réformer Hartz IV pour rendre la mesure plus sociale. Mais certainement pas la supprimer purement et simplement.

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Pour l’heure, le débat interne autour de Hartz IV accentue les divergences entre les trois courants – conservateurs, centristes et de gauche – au sein du parti. Les premiers souhaitent le maintien de Hartz IV, qui a relancé l’emploi. Les seconds sont favorables à une refonte de la prestation dans un sens moins tracassier pour les bénéficiaires. Les derniers, plus proches des néo-communistes, souhaitent la suppression pure et simple du système. De longs mois de débats internes en perspective pour le SPD, qui souhaite définir sa position sur Hartz IV avant les élections européennes du printemps.

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