Nicolas Sarkozy reste un rêveur. Mercredi, pour le dernier jour de son voyage en Algérie, le président français a prononcé un discours lyrique pour enterrer les rancœurs nées du passé colonial. «Tournons la page! C'est le temps maintenant», a-t-il déclaré lors d'une visite aux étudiants de Constantine, dans l'est du pays,

Sans prononcer d'excuse ou de regrets, Nicolas Sarkozy a clairement condamné la colonisation de l'Algérie par les Français: «Beaucoup de ceux qui étaient venus s'installer en Algérie, je veux vous le dire, étaient de bonne volonté et de bonne foi. [...] Mais le système colonial était injuste par nature, et [il] ne pouvait être vécu autrement que comme une entreprise d'asservissement et d'exploitation.»

«Je ne suis pas venu nier le passé. Je suis venu vous dire que le futur est plus important», a poursuivi le président. Décrivant l'Algérie comme «un pays libre, un pays moderne», il l'a invitée à rejoindre son projet d'Union méditerranéenne: «Il ne s'agit plus simplement de dialoguer, il s'agit d'agir et de construire maintenant, tout de suite, ensemble.»

Inquiétude européenne

En signe de «confiance», Paris a conclu avec Alger un accord de coopération nucléaire portant sur la recherche, la formation, la production et la prospection d'uranium. Il devrait conduire à la formation de quelque 2000 ingénieurs algériens. Après avoir signé un premier traité de ce type avec la Libye, en juillet, la France envisage de conclure des accords avec d'autres pays arabes. Cela inquiète certains de ses partenaires européens, qui se demandent si des matières fissiles ne risquent pas de tomber entre de mauvaises mains.

La main tendue de Nicolas Sarkozy aux Algériens a-t-elle une chance de réussir? Dominique Moïsi, de l'Institut français des relations internationales, en doute: «Le président compare la réconciliation franco-algérienne à la réconciliation franco-allemande. C'est noble, mais ça ne tient pas.» Notamment parce que l'Algérie, contrairement à l'Allemagne des années 1960, «n'est pas une démocratie».