Tous les moyens sont bons pour (essayer de) convaincre les réticents. Un vaccin, une bière offerte! C’est la stratégie adoptée depuis lundi par le New Jersey pour les plus de 21 ans qui se font vacciner en mai. Idem du côté de Washington DC, où la mesure est même encouragée par la maire, Muriel Bowser. A Detroit, c’est une carte prépayée d’une valeur de 50 dollars qui est proposée à ceux qui accompagnent des personnes dans des centres de vaccination. Du côté de la Virginie-Occidentale, le gouverneur républicain, Jim Justice, songe carrément à proposer des bons d’épargne de 100 dollars pour les 16-35 ans.

Ce n’est pas tout: dans plusieurs villes, la chaîne Krispy Kreme offre un donut par jour aux personnes immunisées. A Cleveland, elles ont droit à du pop-corn gratuit dans des cinémas. En Alaska, où le taux de vaccination reste bas, il faut se montrer plus inventif: un groupe hospitalier va jusqu’à faire miroiter la possibilité de gagner des billets d’avion. Et à New York, certains se sont même vu offrir des joints en échange d’une preuve qu’ils ont bien été vaccinés. Depuis mercredi, ce sont des billets gratuits pour des matchs de baseball des Yankees ou des Mets qui sont brandis.

Surtout les républicains

Alors que la campagne de vaccination s’est jusqu’ici déroulée à un rythme effréné dans le pays – plus de 220 millions de doses déjà utilisées, tous les plus de 16 ans sont désormais éligibles –, elle connaît un coup de mou depuis plusieurs jours. Les rendez-vous ne s’arrachent plus. La cause? Il s’agit désormais de convaincre ceux qui ne sont pas pressés, ou carrément opposés à la vaccination. C’est la nouvelle phase de la campagne annoncée mardi par Joe Biden. Les immenses centres de vaccination, dont certains opéraient 24h/24 pendant plusieurs jours, commencent à se dépeupler, mais des petites cliniques mobiles les remplacent. Pour espérer accéder plus facilement aux sceptiques ou aux personnes isolées qui peinent à se déplacer, et atteindre l’immunité collective.

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Les réticences sont à la fois d’ordre politique, religieux et racial. Politique: près de 30% des républicains ne veulent toujours pas se faire vacciner (contre 5% chez les démocrates), selon une récente étude de la Kaiser Family Foundation. Religieux: les Blancs évangéliques sont nombreux à s’y opposer (environ 45%). Racial: les Afro-Américains, déjà parmi ceux qui ont le plus souffert de la pandémie, sont surreprésentés parmi les réticents. Une des explications est historique: de douloureux souvenirs de Noirs employés comme cobayes pour des expérimentations scientifiques remontent à la surface, accentuant leur méfiance. Du coup, depuis plusieurs jours, les autorités redoublent d’efforts pour inciter à se faire vacciner, y compris à travers des clips publicitaires diffusés à la télévision et des slogans lâchés sur les réseaux sociaux.

«Puisque nous avons rempli la mission de vacciner la majorité de ceux qui sont le plus à risque […], nous nous concentrons dorénavant de plus en plus sur d’autres groupes, qu’il faudra du temps pour atteindre», relevait récemment Jeff Zients, coordinateur de la lutte anti-covid à la Maison-Blanche. Mardi, il a détaillé une nouvelle stratégie: les vaccins non utilisés seront stockés dans une banque fédérale accessible aux Etats dans lesquels la demande continue de dépasser l’offre. Une manière de veiller à une meilleure répartition. Quant à Joe Biden, soucieux de faire redécoller le rythme de la campagne, il a, mardi également, annoncé un nouvel objectif chiffré: que 70% des adultes aux Etats-Unis aient au moins reçu une injection avant la Fête nationale du 4 juillet (le chiffre actuel est de 56%). A cette date, 160 millions d’Américains seront entièrement vaccinés, promet-il par ailleurs. Mais pour cela, il va falloir convaincre.

Il espère aussi pouvoir ouvrir la vaccination aux adolescents et assure que les doses seront rapidement disponibles. La FDA, l’Agence américaine des médicaments, devra se prononcer dans les jours qui viennent sur une demande de Pfizer/BioNTech de pouvoir vacciner également les 12-15 ans. Le président démocrate promeut lui aussi les mesures incitatives. Il est en discussion avec de grandes enseignes et supermarchés pour que les acheteurs qui viennent se faire vacciner aient droit à des promotions. Par exemple des réductions sur des billets pour des matchs.

Les coiffeurs noirs, nouveaux apôtres

Ces efforts ne restent pas vains. Au sein de la communauté noire, la confiance a augmenté ces dernières semaines grâce à l’activisme de plusieurs associations. Et des démarches originales. Live Chair Health, par exemple, est un réseau de plus de 50 salons de coiffure de la côte Est, qui existe depuis trois ans déjà et cherche à faire la promotion de la santé dans les «Barbershops», traditionnellement des lieux de débats pour la communauté afro-américaine. Les coiffeurs sont sensibilisés aux discriminations vécues par les Afro-Américains notamment dans le secteur de la santé – ils sont surreprésentés dans presque toutes les catégories de maladies chroniques –, et incités à discuter avec leurs clients, pour les conseiller d’aller chez le médecin. Ces dernières semaines, le but était surtout de vanter les bienfaits de la vaccination. Avec ou sans bière.