C’est mardi prochain, après des semaines et des semaines d’indécision, que Barack Obama devrait annoncer les détails de la «nouvelle stratégie» américaine en Afghanistan. Envoi de quelque 30 000 hommes supplémentaires, comme le veut la rumeur persistante? «Le président mettra l’accent sur une stratégie de sortie, commentait le porte-parole de la Maison-Blanche Robert Gibbs. Nous n’allons pas rester là-bas huit ou neuf années supplémentaires.»

S’enfoncer dans la guerre pour mieux en sortir. C’est le message que tentera de faire accepter le président qui, pour bien préparer son argumentaire, a renoncé à la sacro-sainte fête de Thanksgiving. Pour lui, la principale menace ne vient pas aujourd’hui d’une opposition républicaine méfiante envers ce président trop «tiède» pour partir en guerre, mais de ses propres rangs démocrates. Les parlementaires l’attendent au contour: ils traîneront les pieds à l’heure d’approuver les budgets qui accompagneront cette décision. Peut-être même exigeront-ils la levée de nouveaux impôts. «Il faut s’attendre à de sérieux troubles, expliquait la cheffe démocrate de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Nous devons savoir quelle est la mission, en quoi cela va protéger le peuple américain, en particulier lorsque nous avons des problèmes économiques si sérieux à résoudre à la maison.»

Nancy Pelosi empruntée

L’équation est dans toutes les têtes: en gros, un seul soldat déployé en Afghanistan coûte un million de dollars par année aux contribuables américains. A la Chambre des représentants, Nancy Pelosi a la tâche difficile de maintenir ensemble les forces démocrates effrayées par ces chiffres. En juin dernier, la représentante californienne, elle-même fortement opposée à la guerre, avait fait le poing dans sa poche et demandé un financement de 100 milliards de dollars pour les guerres d’Irak et d’Afghanistan. «C’est la toute dernière fois», avait-elle prévenu. La décision d’Obama l’oblige à ravaler sa promesse. Entre-temps, sur les questions de l’assurance santé, du changement climatique ou du manque de régulation du système financier, elle a tiré tout ce qu’elle pouvait de ses collègues démocrates, qui lorgnent déjà du côté de leur réélection au scrutin de l’année prochaine.

En viendra-t-on, enfin, à la célèbre politique «bipartisane» que le candidat Obama disait appeler de ses vœux, mais qui ne s’est jamais concrétisée? Son administration aura besoin aujourd’hui d’un fort soutien républicain pour colmater les brèches qui se creusent chez les démocrates. «Consacrer des milliards supplémentaires à des renforts en Afghanistan ne va pas améliorer les conditions de ce pays et ne nous aidera pas – plutôt le contraire – à combattre Al-Qaida dans ses sanctuaires au Pakistan, au Yémen, en Somalie, dans le nord de l’Afrique ou ailleurs encore», constatait le sénateur démocrate Russell Feingold, rejoint par d’autres poids lourds du Congrès comme John Kerry ou Carl Levin.

Ces opinions auraient pu être émises durant les années Bush. Et elles font mouche: selon un sondage de l’institut Gallup, 57% des électeurs démocrates veulent voir baisser la présence américaine en Afghanistan. Ils ne sont que 17% à approuver l’envoi de renforts.