Crise budgétaire

Aux Etats-Unis, le «government shutdown» est voué à durer

Après six jours de fermeture partielle de l’administration fédérale, aucun compromis n'a été trouvé jeudi au Congrès pour y mettre fin. Le président Donald Trump est intransigeant. Il exige 5 milliards de dollars pour construire «son» mur. Les démocrates, qui prennent la majorité de la Chambre des représentants le 3 janvier, ne sont pas disposés à faire un tel cadeau

Mis provisoirement au chômage forcé en raison d’une énième crise budgétaire qui secoue Washington, nombre d’employés fédéraux américains déversent leurs angoisses sur les réseaux sociaux. Pour les uns, l’absence de salaire pourrait les contraindre à contracter un emprunt et bien sûr renoncer aux festivités de fin d'année. Pour d’autres, il leur faudra choisir entre payer leur assurance maladie ou le loyer de leur habitation.

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L’anxiété de quelque 800 000 employés fédéraux – dont 380 000 jugés «non essentiels» priés de rester à la maison sans salaire et 420 000 autres qui travaillent mais sans paie – n’est pas près de s’estomper. Jeudi, après six jours d’impasse, démocrates et républicains ne sont pas parvenus à s'entendre. Le Sénat a ajourné sa séance qui ne se penchera sur la loi budgétaire qu'à partir du 2 janvier. Une fin imminente de la fermeture partielle de l’administration n'est donc pas pour 2018. Motif de cette paralysie qui tend à se répéter ces dernières années en raison d’une polarisation extrême de l’échiquier politique: la volonté non négociable de Donald Trump d’obtenir le financement d’une partie d’un mur qui serait érigé notamment dans la vallée du Rio Grande entre les Etats-Unis et le Mexique pour interrompre des flots de migrants illégaux.

Pugilat

Le président américain exige 5 milliards de dollars. Une ligne rouge. Les républicains du Congrès sont prêts à lui faire cette faveur. Mais les démocrates opposent leur veto au Sénat où leurs voix sont nécessaires. Courant décembre, une rencontre entre la présidente pressentie de la future Chambre des représentants, la démocrate Nancy Pelosi, le chef de file des démocrates du Sénat Chuck Schumer et Donald Trump au Bureau ovale a tourné au pugilat. Jeudi soir, aucun compromis ne semblait se dessiner. Le «government shutdown» pourrait durer au moins jusqu’au 3 janvier quand la nouvelle majorité démocrate de la Chambre basse entrera en fonction au Congrès. Après, les choses vont se compliquer.

Donald Trump a tout dit sur la fermeture du gouvernement qui en est à son troisième épisode depuis son arrivée à la Maison-Blanche. Au départ, il avait accepté d’éviter un nouveau psychodrame budgétaire. Mais poussé par des voix ultra-conservatrices comme Laura Ingraham, il a fait volte-face. Il s’est dit fier de provoquer un shutdown avant d’en attribuer la responsabilité aux démocrates. Jeudi, dans un tweet matinal, il réitérait la nécessité de construire un mur pour arrêter les «trafiquants de drogues, d’êtres humains et les criminels». Pour Trump, des «terroristes» utilisent la frontière mexicaine pour s’introduire aux Etats-Unis.

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En difficulté en raison de marchés financiers nerveux au vu du fonctionnement chaotique de Washington, Donald Trump n’est pourtant pas disposé à lâcher du lest. «Construire un mur», un slogan qu’il n’a cessé d’utiliser durant sa campagne électorale et depuis son arrivée à la Maison-Blanche, est devenu un élément identitaire de sa présidence. Pour «rendre la grandeur à l’Amérique», le président, qui a promis en vain de faire payer par le Mexique ledit mur qui existe déjà en partie depuis l’ère de Bill Clinton, en est convaincu: il faut appliquer une tolérance zéro envers l’immigration illégale. Ce fut chose faite avec la séparation des enfants migrants de leurs parents. Sachant l’impact qu’a la question migratoire sur sa base électorale, il insiste pour que l’extension du mur soit construite avant la présidentielle de 2020…

Dilemme démocrate

Les démocrates ne sont pas près d’accéder à cette demande, mais sont conscients qu’ils doivent faire un compromis. L’immigration reste un thème central aux Etats-Unis. Ils ont d’ailleurs accepté de renforcer la sécurité à la frontière à hauteur de 1,3 milliard de dollars en 2018 et les démocrates du Sénat se sont dits favorables à un financement similaire de 1,6 milliard dans le budget 2019. Non sans tiraillements. Pour l’aile la plus progressiste du Parti démocrate, il n’est pas question de gaspiller les deniers publics ainsi.

Face à un système d’immigration cassé, les démocrates ont parfois adopté des positions étonnamment dures pour ne pas apparaître comme des apôtres des frontières ouvertes. Le président Barack Obama lui-même avait mené une politique stricte en la matière, étant parfois qualifié de «deporter in chief», de champion des expulsions par certains Latinos. Mais cette politique n’était pas une finalité en soi. Elle visait à favoriser l’avènement, en 2013, d’une réforme de l’immigration qu’un groupe de huit démocrates et républicains avait approuvée et qu’Obama aurait même souhaité plus progressive, mais qui fut bloquée par les républicains de la Chambre des représentants.

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Un compromis entre Trump et les démocrates reste néanmoins possible. Tout dépend de ce que les uns et les autres voudront comprendre par le vocable «mur». S’il s’agit d’une barrière, de mesures de renforcement de contrôle de l’immigration, les démocrates entreront en matière sans toutefois accepter les 5 milliards requis. Les démocrates pourraient proposer à nouveau à la Maison-Blanche de financer en partie un renforcement de la sécurité des frontières contre une régularisation des «Dreamers», ses enfants de clandestins qui ont grandi aux Etats-Unis. Pour Donald Trump, l’entêtement est risqué. S’il devait refuser un compromis bipartisan du Congrès, il pourrait le payer cher en termes de popularité. Un prolongement de la crise budgétaire au-delà du début janvier pourrait lui apporter une sanction douloureuse: celle de Wall Street.

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