International

Aux Etats-Unis, Macron contourne Trump

Le président français a été ovationné par les parlementaires américains mercredi. Mais malgré sa ténacité diplomatique, son homologue américain n’a rien cédé sur l’Iran ou sur le réchauffement climatique

Emmanuel Macron s'est montré pessimiste concernant l'accord nucléaire iranien. «Je n'ai aucune information d'initié» mais «il m'a semblé encore hier qu'il n'avait pas une volonté farouche de le défendre», a expliqué le président français, lors d'une conférence de presse. «L'analyse rationnelle de la totalité de ses déclarations (au président américain) ne m'incite pas à penser qu'il fera tout pour maintenir» l'accord signé avec l'Iran pour empêcher la République islamique de se doter de la bombe atomique. Interrogé sur le fait que cette décision serait un échec pour lui, Emmanuel Macron a répondu: «mon action n'est pas de faire revenir Donald Trump sur les engagements qu'il prend chaque jour. Je ne suis ni Sisyphe ni Sacher-Masoch», faisant notamment référence à l'écrivain qui incarnait le masochisme. Il a toutefois continué à défendre le texte, affirmant qu'il voulait «démontrer que cet accord a du sens». Pour surmonter leurs divergences Emmanuel Macron propose alors à Donald Trump un «nouvel accord» au-delà des seules questions nucléaires.

Gagner du temps avec panache: c’est, en résumé, ce qu’a fait Emmanuel Macron durant sa visite d’Etat de trois jours aux Etats-Unis, où sa proximité amicale avec Donald Trump a ravi les médias internationaux. De Washington, où il s’est exprimé mercredi en anglais devant le Congrès américain qui l’a ovationné, le président français ne revient en effet qu’avec de vagues promesses. Son homologue ne s’est pas engagé, comme Paris le souhaite, à s’asseoir de nouveau à la table diplomatique pour négocier un nouvel accord nucléaire avec l’Iran, qu’il a plusieurs fois promis de dénoncer au plus tard le 12 mai prochain.

Le locataire de la Maison-Blanche est aussi resté sourd à l’appel en faveur de la lutte contre le réchauffement climatique lancé par son homologue français devant le Congrès: «Je suis sûr, qu’un jour, les Etats-Unis reviendront dans l’Accord de Paris», quitté en juin 2017. «Je suis sûr que nous pourrons travailler ensemble pour atteindre nos ambitions.» Les applaudissements ont été nourris. Donald Trump, lui, est resté de marbre.

Fastes

La réussite de cette visite bilatérale fastueuse, réponse à la venue du chef de l’Etat américain à Paris pour la cérémonie du 14 juillet 2017, est avant tout médiatique. A chaque étape de son séjour, depuis le dîner de lundi à la résidence de Georges Washington à Mount Vernon (Virginie) au dîner d’Etat à la Maison-Blanche mardi soir en passant par le discours au Capitole, Emmanuel Macron a réussi à imprimer sa marque: celle d’un partenaire en qui Donald Trump peut avoir confiance, parce que les deux hommes se comprennent et entretiennent des relations d’amitié, même s’ils sont en désaccord politique.

Exemple type de ce grand écart entre la forme et le fond? L’image de Donald Trump époussetant, dans le Bureau ovale, le col de la veste du président français comme un père le ferait à son fils, et l’ode à lutter contre les nationalismes prononcée par ce dernier devant les élus du Congrès. «Nous pourrions choisir l’isolationnisme, le repli, le nationalisme. Cela peut être attrayant, un remède temporaire à nos craintes. Mais refermer la porte au monde ne l’empêchera pas de continuer d’évoluer et de changer» a-t-il asséné, en réponse directe à l’agenda protectionniste de son hôte.

Allié privilégié

Dans l’immédiat, cette prestation habile et remarquée de l’ex-banquier quadragénaire anglophone sur les terres de l’ancien promoteur new-yorkais sert leurs intérêts communs. Même s’il se lâche dans ses tweets vengeurs contre Téhéran, et même s’il continue de faire planer le suspense sur ses intentions à propos de l’accord sur le nucléaire iranien, Donald Trump pourrait trouver un avantage tactique à reprendre, dans un premier temps, les négociations avec l’Iran.

Cela lui permettrait en particulier de laisser la porte ouverte à une sortie de crise négociée avec une autre puissance, déjà nucléaire celle-là: la Corée du Nord, dont le dirigeant suprême, Kim Jong-un, doit rencontrer ce vendredi son homologue sud-coréen, Moon Jae-in. Emmanuel Macron, de son côté, entend bien profiter de sa position d’allié privilégié de l’Amérique, car elle fait de la France le moteur de l’Europe diplomatique, et crédibilise son idée de «souveraineté européenne» face à l’appétit économique des pays émergents, notamment la Chine.

Amitié et divergences

Les deux hommes, aussi amicaux soient-ils l’un envers l’autre, ont néanmoins étalé leurs divergences en public. Ce qui pose la question de leur capacité à les surmonter durant leurs mandats respectifs. Or, en la matière, un fossé reste béant: celui du multilatéralisme. Emmanuel Macron croit en l’ONU et en l’Otan, que Donald Trump considère peu ou prou comme des machins inefficaces. Il croit aussi aux dangers d’une guerre commerciale entre alliés, que son alter ego aime évoquer si l’industrie américaine ne regagne pas des parts de marché. Or sur ces deux dossiers, la Maison-Blanche est restée intransigeante.

Le risque, pour Emmanuel Macron, est d’apparaître trop idéaliste dans un monde devenu de plus en plus brutal, dominé par le triumvirat Trump-Poutine-Xi Jinping. Il est aussi de ressembler trop à un allié qui a de la voix… mais guère d’autres arguments. Le président français, en se félicitant de la conduite des récentes frappes sur les présumés complexes syriens de production d’armes chimiques, a fait étalage de l’excellente coopération entre les états-majors, et du partenariat opérationnel entre Paris et Washington. Mais à aucun moment sa capacité à dire non, ou à influer sur la volonté d’agir militairement de Donald Trump, n’est apparue. Contourner le bulldozer américain ne signifie pas que son moteur est désormais bridé.

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