Aller au contenu principal
Encore 1/5 articles gratuits à lire
L'enjeu des élections de mi-mandat est crucial. 
© REUTERS / STEVE MARCUS

Agressions sexuelles

Aux Etats-Unis, #MeToo s’invite dans les clips de campagne 

Candidates aux élections américaines de mi-mandat de novembre, elles ont décidé de faire campagne en dénonçant des agressions sexuelles et des comportements sexistes. Pas toujours avec le succès espéré

#MeToo a-t-il du plomb dans l’aile? La récente polémique autour d’Asia Argento a poussé le mouvement qui s’en prend aux prédateurs sexuels à l’introspection. L’actrice à l’origine du mouvement, celle qui a dénoncé le producteur hollywoodien Harvey Weinstein et l’a accusé de viol, est désormais elle-même accusée d’agression sexuelle sur un acteur, Jimmy Bennett, âgé de 17 ans au moment des faits. Autre cas qui a déclenché une vive controverse: la philosophe Avital Ronell, de l’Université de New York, accusée de harcèlement par un de ses étudiants. Mais #MeToo, qui a déjà fait tomber de nombreuses personnalités, ne vacille pas pour autant. Au contraire. Il s’impose toujours plus dans les élections de mi-mandat de novembre, promettant une «vague rose» inédite. Jamais les femmes n’ont été aussi nombreuses à se porter candidates.

Lire aussi: Les femmes à l’assaut des élections américaines

Une nouvelle manière de faire de la politique

Le comportement de Donald Trump à l’égard des femmes, entre propos sexistes et soupçons de liaisons extraconjugales, a pour beaucoup été l’élément déclencheur pour décider d’entrer en politique. Mais #MeToo exerce également une influence sur la manière de faire campagne. La parole pour dénoncer agressions sexuelles et attitudes machistes et misogynes se libère. Désormais, des candidates décident de témoigner de leur vécu dans leur clip de campagne.

C’est le cas de Sol Flores, directrice d’une ONG qui s’occupe de SDF à Chicago. «Je me battrai pour vous au Congrès aussi férocement que je l’ai fait pour me protéger moi-même»: dans son clip, la démocrate de l’Illinois raconte les agressions sexuelles dont elle a été victime à l’âge de 11 ans. Face caméra, cette jeune femme originaire de Porto Rico, élevée par une mère célibataire – son père toxicomane est décédé quand elle était petite –, évoque le meuble qu’elle s’était construit à l’école. Pour bloquer la porte de sa chambre et entendre quand son agresseur essayait d’entrer. Sol Flores n’a toutefois pas passé le cap des primaires.

La démocrate Dana Nessel brigue, elle, le poste de procureur général dans le Michigan. Avocate spécialisée dans le domaine des crimes sexuels, elle a fait un clip de campagne, en décembre 2017 déjà, qui lui a valu d’être épinglée par des satiristes. Les phrases qui ont marqué? Celles-ci: «Quand vous devez porter votre choix sur le futur procureur du Michigan, posez-vous cette question: «Qui ne vous montrera assurément jamais son pénis dans un cadre professionnel? Serait-ce le candidat qui n’en a pas? C’est bien ce que je pense!» Pour Dana Nessel, il s’agissait avant tout de démontrer que le meilleur moyen de dénoncer les agressions sexuelles et de provoquer une nouvelle dynamique était de confier des postes à responsabilité aux femmes. Elle précise aussi dans son clip qu’elle s’engage à ne pas harceler sexuellement son équipe, et à ne pas «se balader avec une robe de chambre à moitié ouverte». Ce style atypique ne l’a pas empêchée d’être adoubée il y a quelques jours lors des primaires dans son Etat.

«Est-ce que quelqu’un m’écoute?»

Toujours dans le Michigan, Gretchen Whitmer, candidate au poste de gouverneur, invite les «survivantes» à briser le silence. Elle-même a été victime d’une agression sexuelle quand elle était étudiante. Elle l’avait déjà déclaré en 2013, lors d’un débat sur l’avortement. Autre femme qui fait parler d’elle: Rachel Crooks. C’est l’une des accusatrices de Donald Trump. Moins d’un mois avant son élection à la présidence des Etats-Unis, elle faisait le buzz en déclarant qu’il l’avait embrassée de force quand elle travaillait comme réceptionniste à la Trump Tower, à Manhattan. La voilà candidate dans l’Etat de l’Ohio, sous la bannière démocrate.

Le 20 février, elle faisait la une du Washington Post, avec ce titre: «Est-ce que quelqu’un m’écoute?» Le 9 mai, elle apprenait qu’elle restait toujours dans la course. Autre exemple, en Floride: la candidate Mary Barzee Flores, une ex-juge, dénonce dans son clip «Power Trip» les comportements sexistes dont elle a été victime. Dont le harcèlement de la part d’un patron insistant.

Ces témoignages s’inscrivent dans une tendance plus large: toujours plus d’Américaines font campagne de façon très personnelle, en puisant dans leur vie privée et leur intimité pour défendre des causes. L’une apparaît en donnant le sein à son bébé, d’autres évoquent la toxicomanie de leur mère ou la maladie mentale d’un frère, raconte le New York Times.

La question est désormais de savoir si les électeurs seront également sensibilisés par #MeToo. Les sondages confirment que le thème n’est pas considéré comme prioritaire et passe après les préoccupations économiques, le débat sur les armes, l’immigration ou encore la fiscalité et les enjeux de santé publique. Surfer sur la vague #MeToo profitera par ailleurs surtout aux démocrates. Elles devront avoir le cuir épais: certaines se font déjà accuser sur les réseaux sociaux de tirer profit, par pur opportunisme politique, des abus subis.



«Les électeurs recherchent de l’authenticité»

Kelly Dittmar, professeure assistante à la Rutgers University dans le New Jersey et collaboratrice du Center for American Women and Politics, commente l’influence de #MeToo dans la sphère politique américaine.

Des femmes font ouvertement campagne en se basant sur le mouvement #MeToo. Pensez-vous que de tels témoignages renforceront leurs chances d’être élues? Certaines vont très loin, comme Dana Nessel, qui appelle à ne pas faire confiance à ceux qui ont un pénis…

Les électeurs recherchent de l’authenticité chez les candidats, et la volonté des femmes de partager ces histoires personnelles va dans ce sens. Mais, plus important, je pense que beaucoup de celles qui ont partagé leurs histoires #MeToo l’ont fait pour démontrer leur force et leur résilience face aux défis, en démontrant qu’elles feront preuve d’une même capacité de résilience pendant leur mandat. Dans la mesure où ces histoires font ressortir des traits de caractère et des priorités politiques, elles peuvent représenter un avantage pour les candidates. Mais il est important de noter qu’il y a des différences, par parti, dans la façon dont les électeurs y répondent. Ce type de messages est probablement plus efficace auprès des électeurs démocrates, plus enclins à considérer ce problème comme systémique et nécessitant des solutions politiques.

En 1991, Anita Hill a accusé Clarence Thomas, candidat à un poste de juge à la Cour suprême, de harcèlement sexuel. Elle n’a pas été entendue, mais 1992 s’était soldée par un nombre record de femmes candidates, puis élues. En quoi la situation est-elle différente aujourd’hui?

Il y a beaucoup de similitudes entre 1992 et 2018. Mais le tableau est un peu différent cette année car davantage de femmes sont déjà au pouvoir [près de la moitié des candidates sont en lice contre des sortantes, alors qu’en 1992 les élections s’étaient soldées par deux fois plus de femmes au Congrès, ndlr] et nous franchissons d’autres étapes, comme des «premières» sur les plans racial, ethnique ou celui de l’identité sexuelle. Il ne s’agit par ailleurs pas d’une année d’élection présidentielle, ce qui permet aux femmes candidates d’obtenir davantage d’attention et de visibilité. Et puis, de nombreuses femmes, des démocrates essentiellement, s’érigent contre le président en exercice, et cela influence aussi leur parcours de candidates et les messages déployés.

Pensez-vous que le mouvement #MeToo, que ce soit en politique ou dans d’autres domaines, ne sera qu’un phénomène passager?

#MeToo a déjà duré plus longtemps que d’autres mouvements similaires autour des agressions sexuelles, ce qui est un signal positif. Dans un environnement où les allégations, preuves et faits peuvent se propager rapidement et via de multiples canaux, les victimes disposent de davantage d’espace pour partager leurs histoires et obtenir des soutiens. Les inégalités hommes/femmes dans les milieux économiques demeurent, mais l’énergie pour les combattre est forte. Je pense que cela se poursuivra aussi en politique, tant que nous reconnaissons que le changement de rapport de force ne se produira pas en un seul cycle électoral. C’est une longue bataille, et nous devons rappeler que même si les candidates seront au final peut-être moins nombreuses qu’espéré à être élues, le seul fait d’avoir beaucoup de femmes dans la course crée une nouvelle dynamique favorable à une amélioration du poids des femmes en politique.

Publicité
Publicité

La dernière vidéo monde

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

Cela faisait 5 ans que le pays adepte des grandes démonstrations de force n'avait plus organisé ses «jeux de masse», où gymnastes et militaires se succèdent pour créer des tableaux vivants devant plus de 150 000 spectacteurs. Pourquoi ce retour?

La Corée du Nord organise le plus grand show du monde. Mais pourquoi?

n/a