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Une pelleteuse décharge des légumes qui n’ont pas été retenus pour la vente, dans la région d’Almería en Espagne.
© © Francisco Bonilla / Reuters

Lu ailleurs

Aux Etats-Unis, la moitié de la production de fruits et légumes est jetée

L’exigence de fruits et légumes parfaits engendre un tri abusif des produits frais et participe au dérèglement du climat. Le gâchis alimentaire devient une préoccupation majeure, aux Etats-Unis mais aussi en France et en Suisse

Aux Etats-Unis, règne le culte des fruits et légumes parfaits. Une exigence qui cause bien des dégâts, rapporte The Guardian sur la base d’une étude ainsi que de sa propre enquête, puisque la moitié de ces produits passe à la trappe, ce qui accroît la pauvreté et alourdit le bilan environnemental. D’énormes quantités de produits frais ne répondant pas aux critères esthétiques irréalistes du fruit parfait pourrissent dans les champs, servent à nourrir le bétail ou sont encore emmenées à la décharge, dénonce le quotidien britannique.

Ce bilan se base sur des données officielles et des interviews de douzaines de fermiers, empaqueteurs, camionneurs, chercheurs, militants anti-gaspillage et fonctionnaires gouvernementaux. Mais qui accuser de ce sacrifice alimentaire à grande échelle? Les fermiers et les autres acteurs de la chaîne de distribution de nourriture pointent du doigt la «demande inatteignable de perfection» des produits maraîchers et fruitiers exprimée par les détaillants, qui prétendent relayer ainsi le goût des consommateurs.

Aux Etats-Unis, 25% des récoltes jetées

Plus de 24 interviewés décrivent le gaspillage réalisé en amont du parcours des produits frais: des légumes gâtés sont régulièrement abandonnés dans les champs pour économiser les frais et le travail impliqués par leur récolte. De plus, des fruits ayant des imperfections mineures qui n’affectent pas leur fraîcheur et leur qualité, pourrissent dans les entrepôts. Lorsqu’on additionne ce gaspillage à celui lié au tri des détaillants, la quantité de nourriture perdue est proche de la moitié de la production, affirment les experts.

Les chercheurs reconnaissent qu’il n’existe pas un décompte officiel sur ces pertes. Mais actuellement, le World Resources Institute planche sur un calcul plus précis. Imperfect Produce, un service de livraison de crudités «moches» dans la baie de San Francisco, estime qu’environ un cinquième des fruits et légumes sont emmenés à la décharge car non-conformes aux standards industriels.

Quant aux fermiers, ils situent ce taux de gaspillage bien plus haut. «Je dirais que le 25% de la récolte est jeté ou donné au bétail», dit Wayde Kirschenman, dont la famille cultive des pommes de terre et d’autres légumes en Californie depuis les années 30. «Parfois, ce pourcentage est pire.»

Le gaspillage, source de méthane

La nourriture jetée représente environ 1600 dollars par an pour une famille de quatre personnes. Et il constitue aussi un défi pour les efforts de lutte contre la faim – environ 5 à 10% de la population aux Etats-Unis ne peut pas manger à sa faim –, la pauvreté et le réchauffement climatique.

Aux Etats-Unis, toujours selon le quotidien britannique, les denrées alimentaires jetées composent la majorité des décharges et incinérateurs, selon l’Agence américaine de protection de l’environnement. Les incinérateurs de nourriture constituent une source croissante de méthane, un gaz qui contribue encore plus au réchauffement climatique que le dioxyde de carbone. Un problème qui semble loin d’être résolu, avancent les experts interrogés.

Une question de perception… et de profits

Les géants de la distribution américains avancent l’argument de l’intérêt des consommateurs. «Beaucoup de gaspillage se produit au bout de la chaîne de la nourriture et souvent au nom des consommateurs. Il est basé sur la perception de ce que ces derniers désirent», explique au Guardian Roni Neff, la directrice du programme de durabilité environnementale du système de nourriture et de santé publique, au Johns Hopkins Center for a Livable Future à Baltimore, dans l’État du Maryland. Des fruits et légumes sont souvent écartés car les détaillants pensent que personne ne veut les acheter», affirme-t-elle.

Lire aussi: «L’agroécologie est le seul chemin viable»

Pour Roger Gordon, le fondateur de la startup Food Cowboy, qui «sauve» les produits rejetés, ce gaspillage s’inscrit dans l’intérêt économique de la production de nourriture. Les denrées fraîches représentent 15% des profits des supermarchés, affirme-t-il. «Si tout le monde réduisait le gaspillage de moitié comme Vilsack [le secrétaire à l’agriculture des Etats-Unis] le demande, les marges de profit des supermarchés passeraient de 1,5% à 0,7%.» Néanmoins, quelques chaînes de supermarchés et groupes industriels aux Etats-Unis ont instauré des sections «produits laids» et mènent une campagne active pour réduire le gaspillage.

Mais ils sont beaucoup de producteurs et de distributeurs à affirmer qu’encore une grande part des géants de la distribution continuent d’utiliser leur pouvoir pour rejeter des produits en se basant sur ce fameux idéal de perfection, et en subissant également les conditions du marché. Les fermiers interviewés voient parfois leurs produits rejetés pour des raisons très bancales, mais préfèrent ne pas se battre par risque de boycott par les supermarchés.

A l’échelle mondiale, un tiers de matière gaspillée

Dans le monde, 1,6 milliard de tonnes de nourriture sont gaspillées chaque année. Cela représente le tiers des denrées alimentaires, selon les estimations de l’Organisation des Nations unies pour l’Alimentation. Lorsque l’on place cette quantité dans des bennes standards, cela couvrirait les cinq arrondissements de New York et 60% de Londres, détaille The Guardian.

La surface qu’occuperaient les aliments gaspillés dans le monde par année

L’administration Obama et l’ONU ont promis de réduire de moitié le gaspillage de nourriture d’ici 2030, tout comme les producteurs, chaînes de détaillants et groupes tels que le Natural Resources Defense Council. Les experts en ressources alimentaires affirment que les gouvernements prennent de plus en plus conscience qu’ils ne peuvent combattre efficacement la faim et les changements climatiques sans une réduction du gaspillage de nourriture. Ce dernier représente environ 8% dans la pollution climatique globale, plus que l’Inde ou la Russie.

En France, une nouvelle loi force la remise des invendus aux plus démunis

Dans l’Hexagone, une loi pour lutter contre le gaspillage alimentaire est entrée en vigueur le 1er juillet, rapporte Arte info: les légumes et les viandes ne seront plus passés à l’eau de Javel par les grandes surfaces pour les détruire «et les magasins doivent faire don de leurs invendus aux associations humanitaires», comme le Secours populaire.

Désormais, tous les commerces d’au moins 400 m2 doivent signer des conventions avec des associations d’aide alimentaire. Les enseignes sont obligées de leur transférer les produits invendus mais toujours consommables et de transformer le reste en compost ou nourriture animale. Et s’ils ne le font pas? Ils risquent une amende de 3750 euros.

Mais le ramassage induit un certain coût pour le Secours populaire: «On en a pour 2 millions et demi d’euros […] si on veut créer des emplois et si on veut que cette loi aille jusqu’au bout», dit Jean-Louis Callens, secrétaire national du Secours populaire français. Toutes les associations attendent donc une aide de l’Etat.

En Suisse, un repas par jour et par personne est jeté

Selon le WWF Suisse et l’association foodwaste.ch, deux millions de tonnes de denrées alimentaires intactes sont jetées chaque année, dont presque la moitié par les ménages, contre toute attente. Quant aux pertes agricoles elles sont estimées à 13% minimum. Comme ailleurs, c’est pour des raisons esthétiques ou de taille que des fruits et légumes sont éliminés. Dans l’industrie de la transformation, les déchets s’élèvent à 30% et sont pour la plupart dus au tri des produits de «moindre qualité».

Selon le WWF, si tous les niveaux de la chaîne des denrées alimentaires faisaient un effort, au moins un tiers des pertes actuelles serait réduit et la Suisse économiserait une quantité de CO2 équivalente aux émissions de 500 000 véhicules.

Lire aussi: Le phénomène des soupes à base d’invendus

Un débat récent aux Chambres

Au niveau politique, rien de nouveau sous le soleil suisse. Le Conseil des Etats a enterré le 15 juin, par 22 voix contre 16, une motion du conseiller national Markus Hausammann (UDC, Thurgovie). Le texte demandait au Conseil fédéral de créer les conditions pour réduire le gaspillage de nourriture de 30% au moins d’ici 2020. Sa proposition avait reçu l’appui de 116 députés contre 72 à la Chambre du peuple. Mais la majorité des sénateurs et le Conseil fédéral ont estimé qu’il y a déjà assez d’efforts de sensibilisation en cours de la part de la Confédération et des commerces de détail.

Le Vert genevois Robert Cramer, soutenu par quelques UDC, a plaidé en vain pour fixer un objectif «chiffré et modeste». Pour lui, il est paradoxal de se battre pour la préservation des terres agricoles et de tolérer en même temps qu’un tiers des aliments finit à la poubelle. Il a rappelé que la motion avait reçu un large soutien des milieux agricoles, des milieux de protection des consommateurs et des protecteurs de l’environnement. Le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann a reconnu le problème du gaspillage alimentaire. Avec ou sans motion, il faut poursuivre les efforts, a-t-il déclaré.

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